Le rôt ment

31 mars 2007

1

Roman

By Skalpa

« On n’est pas bien là ? Décontractés du gland ? (...)

Et on bandera quand on aura envie de bander !... »

Les Valseuses ; Bertrand Blier.

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...

Banlieue parisienne,

Un jour de l’an 2000

Chapitre 1

Et il y eu tant de journées semblables…

Après-midi : la routine en marche.

Vendredi, 13h30.

 Un immeuble de bureau perdu dans les champs de fraises :

  Dans cette grande pièce remplie d’ordinateurs hi-tech et de téléphones idem, Fred jette un coup d’œil en bas en droite de son écran, il est 13h30, la pause déjeuner est finie depuis 30 minutes et toujours pas un coup de fil. Il regarde une dernière fois, la photo reçue par mail et s’esclaffe :

 «  Ce qu’il y a de bien avec la hot line, c’est que c’est hot sur toute la ligne !

- Putain, Fred, t’es vraiment trop con.

- Trop con, peut-être, mais sûrement pas trop con. Par contre, t’as vu, la petite stagiaire à l’accueil, avec ses gros seins, elle réellement trop bonne.

- Tu m’étonnes, ça pour être bonne, elle est bonne et elle a l’air sympa en plus…

- On s’en fout qu’elle soit sympa ou pas. Ce qui compte, mon pote, c’est le physique, pas le reste. Moi, si j’bosse ici, c’est parce que j’aime être entouré de bonnes meufs, et ici, à Allo-Tel-Fax-Reparation, on est bien servi. Depuis 5 mois, qu’j’suis là, j’ai pas vu un seul cageot. Ah si, ta copine quand elle vient te chercher.

- Putain, ce que tu peut-être con quand même !, rigole Steve. D’ailleurs, je l’ai lourdé depuis longtemps cette pétasse. Et dès que j’aurai reçu deux ou trois appels, j’vais m’faire une pause, aller voir si à l’accueil on veut bien accueillir une âme en perdition.

- Tu veux dire une bite en mal de fion ?

- Ah, ce qu’est élégant, Fred, quand tu veux… Au fait, m’sieur le Casanova du 91, le Don Juan du sud du 92, t’en est où niveau conquêtes ? Bloqué sur internet ?

- Tiens, au fait, t’a vu les dernières photos de Miss France à poils sans poils que j’ai reçu par mail ?

- Quoi ? Tu les as et tu me les as pas montré ? Tu te la joues perso, vieux saligaud ?

- T’inquiète, mon vieux. J’te les envoie direct. Je t’oublie pas, va. Solidarité entre vicelards. D’ailleurs, mon gars, ce soir, j’te jure, si c’est pas la partouze, ce soir pour Fred le chaud, j’fais vœu d’abstinence pendant une semaine, au moins !

- Arrête ton mytho, raconte…

- Et ben, mon vieux, soir ce, j’suis invité à une putain de soirée chez des bourges, une big baraque, perdue dans les bois, avec, ouvre bien tes oreilles abasourdies par tes activités onaniques, une piscine. Et qui dit piscine chez des bourges, dit plein de nanas à moitié à poils, toutes pétillantes de bulles de champ qui n’attendent qu’une chose : qu’on les honore. Et dans, ces cas là, tu m’connais, le De-Frè y’s’fait pas prier, y s’exécute, y s’donne, y distribue ses honneurs à ces jeunes filles en fleur.

- Arrête, j’te crois pas, tu déconnes.

-Non, j’te jure, Steve, sois pas dégoûté, ça va déchirer cette soirée, c’est un bon plan, par des potes à moi qui rigolent pas quand il s’agit de nanas. Tu sais, j’hésite à ramener un maillot. J’sais pas si j’en baiserai plus avec mon moule-burnes de maître-nageur ou en l’oubliant, par hasard, et ainsi convertir, en militant pour le nudisme, de nouvelles adeptes à cette doctrine.

- Là, mon salaud, tu m’raconteras. Moi, ce soir… »

Steve finit ainsi sa phrase, coupé par un voyant lumineux qui se mets à clignoter sur son bureau. Un client en panne de téléphone a besoin de se le faire réparer par téléphone, alors il téléphone. Steve, car c’est son boulot et son poste qui sonne, décroche. Il répond à travers son casque micro en appuyant sur un bouton d’une main et de l’autre, il ouvre sa messagerie électronique interne pour mater la miss épilée et nue que son collègue hot liner vient de lui envoyer :

« Allo-Tel-Fax-Reparation, j’écoute… Bien sûr, monsieur… Quel est votre numéro de client ?... De téléphone ?... De fax ?... De série ?… Merci… Oui, oui … »

Pendant que Steve bosse, il faut bien qu’y en ait qui taffent… Fred, lui, se voit déjà en Apollon, entouré de top models bourrés et folles de lui, autour d’une piscine en forme de triangle vaginal.

Wahou… Ce soir ça va être chaud, hot sur toute la ligne ! Au fait, y’aura p’tête de la coke, mon coco, chaud, le lapin, moi j’vais pécho ce soir.

Faut qu’je prévoie la provision de capotes…

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01 avril 2007

.....la suite

Vendredi, 13h30,

Un entrepôt au cœur d’une zone industrielle.

 L’horloge, sur le quai, indique 13h30. D’ici une à deux minutes, tout le monde sera revenu du vestiaire. Les plus vieux auront enfilé leur tenue de travail. Les plus jeunes y auront juste pris leurs gants, restant en jogging, blanc donc salissant, mais Lacoste, quoi, la classe. Paul, lui arrivera direct à 13h34, heure du quai, sans passer par la case vestiaire. Il enfilera, lui aussi ses gants. Les sortira de la poche arrière de son pantalon troué et sali par plusieurs semaines de chargement et déchargement de cartons.

Depuis les trois mois qu’il bosse là, il a, d’ailleurs, toujours les mêmes fringues. Son uniforme de boulot. Propres le lundi. Sales et poussiéreux le vendredi. Un tour en machine le week-end pour un minimum d’hygiène. Et hop, nickels le lundi.

Pendant ces trois derniers mois, Paul n’est jamais allé au vestiaire. N’a pas pris le casier qui lui a été attribué. Histoire de ne pas prendre de racines, de repères. Se donner l’impression de n’être qu’en transit, de passage, sans attaches. Prêt à repartir vers de nouvelles aventures. Pourtant, chaque vendredi, tout comme ce matin, il re-signe son contrat d’intérim ; immuablement.

Et c’est reparti pour l’aventure et quelle aventure !

Sur le quai, cet aprèm’, il reste encore un camion à décharger. Un rital. Un beau bordel dans le semi-remorque. Des cartons tout petits mélangés à de trop gros fourrés en vrac dans le camtar. Des numéros de colis figurant sur les registres, d’autres non. Un amas de poussière terrible. Un chauffeur italien pressé de se faire vider et repartir à travers les alpes pour rentrer chez lui au plus vite. Un petit chef à la masse, c’est vendredi : le midi est souvent arrosé. Bref, un sale boulot. Foutre tout ça en palettes en trois heures. Une tâche plutôt réservée aux intérimaires de courte durée, ceux qu’on reverra plus. A qui on peut faire faire toute la merde, puisqu’il faut bien la faire. C’est le taf, pas la teuf. Mais bon, Paul, malgré ses trois mois de boîte, un des plus ancien intérims de l’équipe, à part les embauchés, est toujours bon pour la corvée. Réquisitionné pour le déchargement de l’italien du vendredi après-midi. Il s’en tape, Paul. Il ne parlera ni aux vieux, ni aux jeunes cons. Il fera son taf, c’est tout. Et c’est déjà beaucoup.

Il s’en fout, Paul. On est vendredi, il lui reste 3 heures à tirer, maximum 4, s’il manque un bon de livraison ou une autre connerie dans le genre. Et puis, c’est le week-end. Tant attendu. Le but de la semaine, les seuls jours qui vaillent la peine d’être vécus. Du dimanche soir, au moment du coucher, au vendredi après-midi, il ne pense qu’à ça : LE WEEK-END !!!

Pour lui, la vie, n’est réellement réelle que du vendredi 16h30 au dimanche 20h.Le reste, rien à branler. Faut bouffer. Juste un mauvais temps à passer. Comme il aime à le répéter, en poussant les portes de l’entrepôt, il déconnecte son cerveau, appuie sur la touche off. Et parfois, pour l’aider, il se fume un petit stick pour la forme. Ne le charge pas trop, juste ce qu’il faut pour ne pas trop penser. Aidé par la fatigue et l’ennui. Ca lui suffit, ce petit ke-sti jeté sur le parking, comme aujourd’hui. La substance agit. Et Paul subit, agit au ralenti.

Mais, on ne peut pas dire qu’il fasse mal son sale boulot de manutentionnaire, de docker de terre. Non, il le fait plutôt bien. C’est juste que son esprit n’est pas là. Il ne met aucun cœur à l’ouvrage, il exécute. Prolétaire intérimaire. On peut tout lui demander, il le fait sans aucune passion. Pas de zèle. Pas de protestations. Ici, il n’a pas que des amis. Les autres manuts’ le prennent pour un suppôt du patronat, les petits chefs le méprisent.

Paul, lui, il s’en tape de tout ça. Y joue pas sa vie. Il bosse. Point. Les yeux rougis par le pétard, la gueule salie par la poussière, les jambes flasques de fatigue, de défonce et de lassitude, son esprit est ailleurs. Ne pense à rien, juste effectuer des tâches mécaniques, physiques. Faire abstraction du milieu l’environnant.

Et puis, c’est vendredi ! La semaine est bientôt finie. C’est le week-end. Il a un plan pour ce soir. Une super soirée bien chan-mé. Dans la vallée de Chevreuse, une baraque avec piscine. Il ira avec ses potes, et là, il remettra son cerveau sur la touche on. Fonction marche accélérée. Prêt à tout péter ! Bien foncedé pour bien en profiter.

Dans son camion, sortant des cartons de chaises, Paul sourit. On est vendredi ; CE SOIR C’EST LA TEUF !!!

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02 avril 2007

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Vendredi 13h30,

Boulevard Périphérique,

Quelque part entre Porte de Bercy et Porte de Bagnolet :

 Saloperie de moto en panne ! Saletés de voitures en marche ! Ou plutôt à l’arrêt, au taquet, cul à cul. Périph’ bouché ! Pourquoi tant de gens prennent leurs mères de voitures à c’t’heure ? Fais chier merde ! Je vais encore être à la bourre au boulot ! Et on va dire qu’j’le fais exprès ! Putain, c’est ma faute à moi si tous ces cons à quatre roues bloquent les trois voies ? Fais chier, merde ! Bite ! Couilles ! Chatte !

 Dire qu’en ce moment, 13h30 sur le panneau lumineux « Périphérique bouché », les sentiments qui traversent les pensées de Tim ne sont pas celles de la joie et de l’allégresse ne serait qu’un doux euphémisme.

Il est véner, Tim. Bloqué dans la caisse à savon de sa mère, qui lui sert de moyen de locomotion depuis que sa moto l’a lâché. Deux mois déjà. Il est prêt à péter un câble.

Pourtant, Timothée De Latour, Tim pour tout le monde sauf ses parents et sa grand-mère, a tout pour être heureux. Une jolie copine qui l’aime et qu’il aime. Un taf cool dans une branche qu’il aime et qu’il a choisi, des horaires décalés comme il les aime, un bon salaire qui lui permet d’acheter ce qu’il aime.

Par contre, le voilà bloqué dans les embouteillages comme il le déteste. C’est un jour gris, comme il les déteste. Il s’est levé à l’arrache, au dernier moment comme il le déteste, car dans ces moments qu’il déteste, il n’a pas le temps de se faire un bon café noir, comme il aime, ni de rester 20 minutes dans son bain, comme il aime, et ainsi développer des projets qu’il aime dans sa tête.

Il déteste ne pas faire ce qu’il aime autant qu’il aime ne pas faire ce qu’il déteste. C’est un peu une philosophie de vie, comme qui dirait, une façon, non seulement de voir les choses, mais aussi, comme il aime à le répéter, une façon de les vivre.

 Ca y est, c’est sûr, là, maintenant, j’suis à la bourre, fais chier ! En plus, j’le savais, ça craint d’arriver en retard aujourd’hui. Y vont faire la gueule à Wistiti Prod’, c’est clair ! Les remarques, ça va encore être pour ma tronche…

Trois quarts d’heure plus tard, dont 41 minutes de bouchons, la barrière du parking refuse de s’ouvrir pour laisser entrer Tim et sa voiture. Sa mère ! obligé de descendre de caisse pour appeler le gardien qui va encore me vanner vu qu’j’ai une fois de plus oublié ce putain de code.

Sa voiture parquée, Tim fonce direct à la cafèt’, histoire de prendre un ou deux cafés vite avant de croiser le regard de l’équipe de tournage sûrement furieuse de son retard. C’est pourtant cette fine équipe qu’il retrouve attablée devant des demis entamés voir finis :

« Ah, Tim, scande le chef caméraman, viens t’asseoir, espèce de vieil arrosoir ! On s’attendait plus à te voir, plus d’espoir ! Alors, panne de réveil espèce de carte vermeil ?! Nuit difficile espèce d’ustensile ? Périph’ surchargé, espèce de point g ?

- Putain, m’en parle pas, les trois, putain les trois ! D’ailleurs, si ça a pas commencé, j’vais pouvoir me prendre au moins trois cafés. Au fait, ça a pas commencé ?

- Si, si, on y est, espèce de duvet ! Tu vois pas qu’on bosse dur, espèce d’ordure ! Ca carbure, c’est trop dur, mon enflure.

- Non, sérieux…

- Sérieux ? Espèce de lépreux, on chôme on ne peut mieux. On attend môssieur…

- Moi ?

- Mais non, pas toi, espèce de n’importe quoi, toi, on s’en bat ! On attend, espèce de gland, le réalisateur, monseigneur le branleur.

- Ouf, tu me rassures, Bob, lâche Tim, en vidant d’un trait son premier café et allumant sa douzième clope de la journée.

- Arrête de flipper, espèce de flipper ! T’es toujours à la bourre, mon balourd. Mais ce quart d’heure de retard, espèce de glandeur vantard, on en fera pas une histoire à ta gloire, ma passoire. »

Ainsi rassuré, l’ami Tim prend place à la table de ses collègues et sucre tranquillement son deuxième café. Comme eux, il écoute Bob déblatérer ses désormais habituelles conneries matinées de rimes aussi foireuses et vaseuses que peu injurieuses.

Il a mis du temps à s’y faire, Tim. Non, le cameraman number one ne le considère pas comme un indien lorsqu’il lui demande s’il va bien, ni comme un aspirateur lorsqu’il demande l’heure et encore moins comme une vieille serpillière quand il raconte sa journée d’hier.

Non, il est comme ça le Bob. C’est son style, sa touche personnelle, son originalité. D’ailleurs, grâce à sa pratique bizarroïde du langage, Bob, l’espèce de blob, est devenu une figure de Wistiti Production.

C’est comme ça le showbiz, espèce de pare-brise, t’es pas original, c’est le fond du bocal, les oubliettes à mon âge, ce serait bête, dommage, espèce de potage. Sacré Bob, sûr qu’il parle ainsi, même au lit, espèce de parapluie.

 Tim s’allume maintenant sa quinzième cancérette, il a fini de boire ses cafés, et comme le temps, rien ne se passe, il fait comme ses collègues, il se prend un demi.

Putain, on n’est pas couché, la journée n’est pas commencée. Fais chier, allez autant picoler !

«  Et toi, kess tu fais ce soir, espèce d’arrosoir ?, l’interpelle Bob

- J’sais pas trop, ça dépend quand on fini ce soir...

- Tu vas traîner dans les bars, à la nuit noire, au zanzibar ?

- Non, non, j’ai un plan soirée dans une baraque avec piscine près de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse. Mais j’sais pas trop si j’vais y aller, j’suis naze, pi j’ai des trucs à faire. Et j’dois choper mes potes, voir avec ma meuf…

- Allez, sois pas con, espèce de plafond, touche pas le fond, éclate-toi à fond, espèce de poltron !

- Ouais, j’sais pas, j’vais voir ».

Un signal lumineux indiquant le début imminent du tournage au studio Michel Drucker interrompt la conversation. Cela signifie que môssieur le réalisateur (espèce d’ascenceur), vient d’arriver et qu’il attend l’équipe technique pour enregistrer un magazine de la chaîne caninophile « Tout, Mais Tout tout pour les toutous » (TMTTPT pour les intimes). Comme c’est le principal client de la boîte de prod’, la fine équipe prend le chemin du studio Mich’Druck’ emmenée par son chef poéto-caméraman. Tim, assistant-cadreur finit son demi vite fait et s’engage à la suite de ses collègues.

Et c’est parti pour plusieurs heures d’enregistrement à raccorder fils, caméras, câbles, films, etc.…

Et ce soir, j’fais quoi ? J’ y vas à cette soirée ou je reste scotché comme un espèce d’….

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03 avril 2007

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Vendredi, 13h30,

Station Antony, ligne B du RER :

Sur le quai, la télé des horaires des trains indique que la rame de 13h30 est sur le départ .Dans le wagon, où résonne la sonnerie de fermeture des portes, un jeune tout en jogging et casquette jaune s’introduit in extremis entre les battants qui se ferment. Le RER repart. A cette heure-ci, les rames sont plutôt vides. Hormis le jeune qui vient de rentrer, il n’y a qu’une dizaine de voyageurs : 2 ou 3 mamies égarées, quelques chômeurs à sac Tati et autant de visages éteints. Parmi tout ce petit monde banlieusard, le non moins banlieusard Samuel, casque sur les oreilles d’où détonne le dernier son de Busta Rhymes, examine par la fenêtre les tags et graffs bombés à l’arrache sur les moindres murs et autres supports bordant la ligne (poteaux, blocs électriques, panneaux, cailloux, bâtiments, grillage).

C’est un regard d’observateur, de connaisseur, d’amateur, limite de critique d’art. Il passe ainsi chaque trajet à guetter les nouveaux, traquer les vieux repeints, repérer les old school ineffaçables, car respect, y represent grave. Il s’amuse à lister les noms des taggers, de leur crews, ceux qu’il connaît, ceux dont les membres sont des potes, ceux qu’on n’aime pas. Puis de temps en temps les siens, très peu, surtout des tags, des vieux un peu effacés, pas forcément les plus beaux. D’ailleurs, bien qu’il essaie de repérer les rares et précieux espaces encore vierges, sans nom, sans peinture, et qu’il y cherche un accès possible, le tag n’est pas vraiment sa passion, plutôt une vieille occupation un peu délaissée. Il a pourtant passé bien des soirées à repeindre sauvagement les murs, le sac à dos rempli d’aérosols et d’embouts, à jouer au chat et à la souris avec les maîtres-chiens de la rapt. Et des après-midi au centre auto de chez Carrouf à tirer des bombes sous le nez des vigiles quand c’était un ado révolté.

Le temps a un peu effacé cette frénésie vandale et scripturale. D’ado révolté, Sam est passé à l’ado attardé. Et si il a un peu laissé tomber Messa One et Be hatch (son pseudo de guer-ta et le nom de son crew), par contre il est toujours resté scotché à sa planche à roulettes. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est là, dans ce wagon filant vers la capitale, son skate sur la banquette orange, sa casquette, grise, sans marque, posée un peu de côté sur sa tête. C’est pour aller skater, faire des hollies, des 3-6 flips, des grinds, puis éventuellement aussi, autant joindre l’agréable à l’agréable, pour essayer de capter le numéro d’une meuf impressionnée, par sa dextérité, son sens de l’équilibre, et la nonchalance avec laquelle il effectue toutes ces figures.

Le RER arrive à Châtelet-les-Halles, la plus grande gare souterraine de France, traversée chaque journée par des millions de personnes, squattée par des milliers. Au milieu de toute cette faune urbaine, des flics sur-vigipiratisés, cailleras sur-portabilisés, cadres sur-attaché-caissisés, travailleurs sur-fatigués, mendiants sur-médiatisés, musciens sur-sonorisés, parisiens sur pressés, Samuel, éternel jeune sur-attardé sort du trou-forum des Halles, escalator sous ses pieds, skate sous son bras et se dirige vers la Fontaine des Innocents. La fontaine, quoi ! Ultime spot de skateurs connu de New York à Sidney. Sam le pratique surtout pour la drague, pour les sessions plus techniques, il préfère des spots plus underground. Mais pour serrer des nanas, la fontaine, tout le monde le sait, c’est l’endroit idéal pour draguer des provinciales esseulées ou des étrangères avides de french lovers.

Que demandent les jeunes ? Sex, drugs and having fun my dear!

Justement, alors que Sam ride autour du jet d’eau, parmi la racaille et les flics, à côtés de japonais nikonnisés et nikonnissant, il remarque bien vite une jolie demoiselle d’un vingtaine d’années, poitrine blottie sous tee-shirt moulant taille xxs marqué BEACH, nombril percé et tatoué, baskets no name grises flashy aux pieds, cheveux bonds au carré, sourire dentifrice admiratif, yeux bleu-vert fixés sur lui. Et hop, voilà, le tour est joué, un petit 3-6 flip bien rentré plus tard, le voici assis auprès de Kristina, étudiante en art contemporain à la Sorbonne, quittant ainsi son Danemark natal pour 6 mois, loin de sa famille et qui cherche des rencontres en faisant semblant de lire Kierkegaard en version bilingue sur les marches de la fontaine.

Et que blablabla, et que blablabla, dans un mélange franco-anglo-germano-danois et qu’on aille boire un coup en terrasse, et que re-blablabla, et que je t’invite à une super nice schöne soirée party, yes, heute night, near Paris, a big baraque, yes, ja, mitte with eine swimming pool, et que je te do you have eine maillot de bain ? you know, un comment on dit déjà, a swim wear, alse skate-wear is wear für skating, swim wear is wear for swimming,

Mais, la belle nordiste, n’a justement pas de Badeanzug, et que je te it’s tombe gut. Paris, the town of das wear. Let’s go zum kaufen eine maillot of swim au forum.

Et voilà, le Sam, la beau gossitude en force, qui s’engouffre accompagné de son skate sous ses pieds en équilibre sur les marches et de Kristina sur la marche au dessus dans les profondeurs des Halles, via l’escalator blindé de people.

 

Yes I, voilà une soirée qui s’annonce bien.
Elle doit assurer la belle danoise en monokini en forme de string.

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04 avril 2007

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Vendredi 13h30,

RN 2O, Antony,

Un studio dans un immeuble standing :

 « France inter, 13h30, c’est l’heure de la météo de Joël Collado… ». Julien jette un coup d’œil sur son radio réveil, il est bien une heure et demie, ça fait bien une heure qu’il est levé, un peu moins même, sans doute, mais il s’en fout. Il est encore naze, crevé.
Pourtant, hier il s’est endormi assez tôt, vers une heure du mat’. Mais, ce matin entre 7h05 et l’heure finale du cruel lever, il s’est réveillé au moins quatre ou cinq fois, et rendormi d’autant, préférant continuer, dans un demi-sommeil, ses rêves qui ces jours-ci sont bien plus palpitants, intéressants et plaisants que ses journées. Mais bon, même quand on a rien faire, qu’on a envie de glander toute la sainte journée, y’a quand même un moment où il faut bien se lever, envie de pisser oblige.

Puis après, une fois debout, comme on a la tête dans la cul (la fameuse fatigue chronique du glandeur professionnel), il faut bien allumer une clope pour ouvrir ses yeux cernés et son cerveau décomposé. Pour l’accompagner, il faut bien aussi un p’tit café qui aidera, à l’occasion, la clope à faire la purge matinale de ses intestins.

Après, comme on n’a toujours rien à foutre, il faut bien s’occuper, alors, Julien allume son ordinateur et la radio en même temps qu’une nouvelle clope. Un petit tetris pour voir combien de lignes on va faire, un petit coup de France Inter pour la culture générale et le temps passe. Tetris fini Julien commence une partie de Poker électronique pour continuer. Puis comme ça ne suffit pas vraiment comme occupation, il se met à chercher 2 feuilles, des bouts de clopes, un briquet, sa boulette de plus en plus petite, et le voilà qui se roule le premier spliff de la journée. Léger, juste pour la forme. Le premier, c’est pas la peine de forcer sur la dose !

Mais voilà, bientôt, il est déjà fumé, fini, dans le cendrier, deux autres clopes aussi. Julien fait bouillir de l’eau pour un troisième café soluble en sachet individuel. La radio commence son programme 2000 ans d’histoire (14h06), « aujourd’hui, le travail ». Tiens, v’là un sujet qui me concerne, ironise tout seul Julien.

Voilà, la transition est trouvée. En hommage aux travailleurs, il roule son deuxième joint qu’il charge comme un bourrin, le premier ne lui ayant rien fait.

Il continue à essayer de gagner des gagner des dollars virtuels en alignant les straights ou les fulls sur son vieil ordinateur tandis qu’à la radio commence le portrait sensible d’un navigateur solitaire, loup de mer ex-petit rat d’opéra. Tiens, il est 14h30.

Comme à chaque fois, chaque journée partie comme ça, ça ne loupe pas. Voilà que François Lodéon arrive sur les ondes pour son émission de musique classique. 16h04, putain, déjà, faut p’tête que je me bouge un peu…Et hop, il éteint son ordi, mets un cd de Mad Professor featuring Macka B, et là, fameux dilemme : que faire ? La vaisselle ? Prendre une douche ? Ou bien passer le balai sur le carrelage blanc maculé de cendres et de miettes ?

Reculant un petit peu devant l’effort nécessité par le choix entre ces différentes tâches cleanesques, Julien qui justement vient de poser un regard sur son stock de drogues, 5 cigarettes, moins d’un gramme de shit, plus de bières au frigo, la bouteille de whisky est vide à 95%, prend une toute autre décision. Une seule solution s’impose : éviter la pénurie de matières premières !

Il jette un coup d’œil sur son magnétoscope, 16h12, prend son portable, répertoire, lettre d (comme dealer), Denis ; appeler : touche verte : « Allo, ouais, c’est Djul… salut ça va…. T’es chez toi ?... Ok, à 5 heures…. Tchao ».

Il cherche un futal pas trop sale dans ton tas de fringues peu ou presque portées, le trouve, l’enfile, la douche ça sera pour plus tard.

Un petit coup de flotte bien froide sur la tronche, sa carte de retrait, ses clés, ses clopes, et la monnaie pour le tabac dans sa poche, ses lunettes de son soleil sur son nez, il sort de chez lui.

Il se retrouve dehors sur le trottoir d’un artère qui commence à bouchonner dans les 2 sens (Paris ou banlieue province) en ce vendredi après-midi. Un peu de pollution dans les poumons, un peu aussi dans les yeux. C’est moche une banlieue le jour.

Direction le distributeur, entre sa carte et son code, en ressort 6 billets de 100 balles. Traversage de route au milieu des caisses roulant à l’arrêt voir au ralenti, arrivage au bureau de tabac. Sortage de la monnaie, 3 francs et 70centimes pile poil, et d’un bifton. Demandage, puis achetage d’un paquet de Pall Mall en 25.

Tout en reluquant les jolies jeunes mamans et les jolies jeunes filles en fleur, il se dirige, clope au bec, vers la gare RER en face de laquelle habite Denis.

Grand, maigre, étudiant 22-23 ans, un joli appart bien situé, des parents aux bonnes situations,dj de rap, de techno, de jungle, de dico , de funk et de dub, il est plus souvent à taquiner les disques plutôt qu’aller en cours d’histoire pré médiévale de l’hygiène rurale à Paris VI.

Il ouvre la porte de son 3 pièces terrasse avec vue unique sur les lignes de ER et sur la tour Effeil. Julien le suit dans son espèce de salon non meublé où trônent deux MK2, une table de mixage, deux grosses enceintes et des centaines de vinyls en piles savamment étudiées. Il se remet derrière ses platines, face à sa terrasse où poussent joyeusement de jolies plantes subversives, décoratives et hallucinogènes.

«  Assied-toi, man, je suis justement en train de mixer un truc de ouf : un bon vieux Gainsbourg mâtiné d’un pur beat drum’n’bass direct from London. Tiens, fais donc un bedo d’hydroponique et écoute comment je vais te retourner le son.

Laissant son revendjeur faire tourner les disques, Julien qui ne se fait jamais prier pour rouler, ni même pour fumer, surtout lorsqu’il s’agit de la beuh du placard de Denis, s’exécute et ouvre le sachet posé sur la table basse, y prélève deux bonnes têtes huileuses. Cette beuh, lui avait dit Denis, fait 76% de THC pur. De la bombe atomique, un Hiroshima, plus un Nagasaki dans ta tête.

Tandis que son hôte enchaîne son mix gainsbarre-jungle ave un inattendu remix Debussy-Hardtek, Djule ne se prive pas de mettre la dose dans le pèt’, sachant que Dj Nyde, accoutumé de fait, les fume presque purs.76% putain ! On aurait tort de gêner ! Il rajoute, ainsi, un peu de son shit dans le mix explosif à souhait.

Au bout d’un moment, plus attiré par l’odeur du joint qui allait tourner et pas son sens marketing et commercial que par l’envie d’une discussion stérile avec son client, Denis abandonne ses 33 tours, met un cd de Renaud revisité par des rappeurs en marche sur sa Playstation et vient s’asseoir à côté de Julien qui toussant, lui passe le pétard :

«  C’était bien ? Hein, s’enquiert dj Nyde. Moderne, original. Ca déchire, non ?

- Ouais ça change, lui répond Julien, les poumons et le cerveau envahi par le THC pur à 76%

- A propos, quoi de neuf ?

- Ben tu sais, la routine quoi. ANPE, lundi ; ASSEDIC, mardi ; CAF, mercredi; REPOS, jeudi; puis, aujourd’hui… Et toi ?

- Moi, répond Denis en avalant une pure bouffée, ça mixe, ça mixe. J’ai bougé à gauche, à droite, pécho des skeuds, des plans soirée pour mixer, la routine, quoi !

- Ah ouais, tranquille… Putain, elle est vraiment trop bonne ta beuh, y’a toujours pas moyen ? Même pas un dix keusses ? Juste pour moi ?

- Sorry, man. Réserve perso, tu sais. Moi, trop de shit m’endort. D’ailleurs tu veux quoi, comme d’hab ?

- Yes, un cinq vingt pour cinq, comme d’hab.

- Tiens, sers-toi, dans la boîte. Choisis gars, prends le plus gros. Enfin, si tu préfères le plus petit…

- Ah ouais, alors je vais te prendre le plus petit, s’esclaffe Julien tout en mettent le plus gros dan sa poche. C’est cool, merci, tiens, prends la nuts, Mister Pablo Escobar, Ah…Ah…Ah…

- C’est moi qui te remercie, renchérit Denis en fourrant les cinq billets de 100 balles dans sa poche, non sans les avoir rapidement compté. Bon, mon pote, faut qu’j’te vire, là, y’a ma meuf qui va rappliquer… Au fait, tu fais quoi soir ce ? Je dois mixer sur Paname, un p’tit bar sympa à Bastille, passe si tu veux…

- Mouais, why not ? Envoie un texto dans la soirée pour me refiler l’adresse, si tu veux…

- Ok mec. D’ici-là, havin’sex… Pour ma gueule, ça sera par tous les trous, allez à plus ! »

Faisant ses courses à la supérette, pack de 6 bières à 6,4%, imitation maison de 1664, bouteille de William Grant’s, plat cuisiné « Poulet au riz créole » surgelé, baguette, biscuits apéros et paquets de gâteaux super chers (l’effet beuh qui fait consommer à tout va)  dans son panier, Julien apercevant à la caisse, sur le boîtier CB, la date du jour, vendredi 1 3, se rend compte qu’il ne rendra pas, dans la soirée, au mix foireux de dj Nyde dans cet obscur bistrot branchouille. Non pas que vendredi 13 enchaîne malaise, mais parce que ce soir y’a une soirée balèze. Et tout en payant ses courses, Julien s’adresse mentalement à la caissière. Et oui, Mademoiselle la caissière boutonneuse à la vie et aux sorties foireuses, tu as devant toi un mec qui va à une soirée mortelle. Et non, j’ai pas ma carte de fidélité, mais à moi les joints à volonté ! L’alcool va couler à flots !

Putain, le THC fortement dosé m’avait fait zapper cette soirée. Bon, allez Brigitte, j’me speede. Sinon, j’vais louper le début des Simpsons à la télé, et puis faut qu’j’aille me rouler un pétard si tu veux être en conditions pour ce soir mon fêtard de lascar.

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05 avril 2007

...

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Avant-soirée : la mise en conditions.

Vendredi 20h00,

Les Ulis,

Un appartement type F3 :

 L’eau est chaude, limite brûlante, mais ça fait du bien après une journée, une semaine de boulot. Les gouttes qui coulent le long de son corps, non seulement le nettoient, mais elles le purifient, aussi. Et ce n’est pas uniquement son corps qu’il purifie ainsi, Paul, mais c’est également son âme.

Ainsi, écoutant le côté sombre de la lune des Pink Floyd à travers le bruit de l’eau, il se met le jet dans la figure de longs instants, se lavant tant de la crasse des cartons que celle du boulot en lui-même. Et ce n’est qu’en sortant, une demi-heure plus tard, que Paul devient un autre.

Fini Paulo le manutentionnaire lambda, voilà Mister Paul prêt pour le week-end. Il se passe une bonne grosse dose d’after-shave sur le visage (il ne se rase que le vendredi soir, exclusivement) et tout de propre vêtu (jean Levi’s, polo Calvin klein, caleçon idem, chaussettes Burlington, la classe quoi !), il sort de la salle de bain, coupe le cd des Floyd, allume la télé, se sert un verre de pastis, s’installe dans son fauteuil et commence à rouler un joint.

Un petit verre, un gros pétard, des biscuits apéros datant la veille, Paul regarde le journal télévisé de la Deux (il boycotte TF1). Sous ses yeux qui rougissent sous l’effet de la drogue, il voit défiler toute la misère du monde (guerres, grèves, licenciements, catastrophes naturelles,…) et autres réjouissances (campagne électorale en Lozère, sortie du dernier disque de Michel Sardou,..). Comme ça, il reste en connexion avec le monde, il se tient au courant, il s’instruit.

De toutes façons, en attendant que la pizza décongèle au micro-ondes, il n’a pas grand chose d’autre à foutre. A peine, huit heures et quart, la soirée ne fait que commencer. C’est presque la fin de l’après-midi, parce que la fin de soirée elle est loin et même plus que ça, il espère, Paul.

Le mieux, pour lui, serait de se coucher après 5h3à, heure où sonne son réveil en semaine. Comme ça, pas de problèmes de rythme biologique à respecter : il suffit de l’inverser et le tour est joué.

Le pétard et le JT terminés, il avale sa pizza surgelée en 5 minutes et cherche sur son portable l’entrée « Sam », appuie sur la touche Ok et se retrouve sur la messagerie de son pote : « Et oui, Samuel ne peut vous répondre actuellement. Je sais c’est dommage, mais laissez moi un message et si vous êtes sage je vous rappellerai.

-Putain, Sam, tu vais chier à être toujours sur répondeur. Ouais, p’tit pd, c’est Paul là. Rappelle pour ce soir, histoire de nous filer l’adresse, crevard. »

 Il repose le téléphone, roule un nouveau spliff, puis met en marche Grand Tourissmo III sur sa Playstation II : vroum, vroum,….

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06 avril 2007

....

Vendredi 20h00,

Paris, XVIIème,

Un bel appartement bourgeois :

 En fond sonore, un bon vieux Wu Tang Clan à l’ancienne. Dans la cuisine, Angèle et Svetlana regardent cuire les pâtes. Dans le salon, autour d’une table basse où règnent verres et bouteille de vodka, Samuel, bien installé dans le canapé tape la discut avec Steph, le copain de la ricaine, Angèle, sous les yeux et les oreilles largués de Kristina qui a du mal à comprendre toutes les finesses de la conversation franco-parisienne de ces deux loustics.

Surtout que vu ce qu’ils se sont mis dans la tronche depuis le temps qu’ils sont là, on ne peut pas vraiment dire qu’elle soit fine, la conversation, mais bon, on s’en fout. Tout qui Kristina qui s’en va rejoindre ses deux co-locatrices dans la cuisine.

C’est fou comme les préjugés ont la vie dure : les filles à la cuisine, les garçons à l’apéritif dans le salon. Peut-être que ni en Russie, patrie de Svetlana, ni aux States, ni au Danemark le MLF n’a jamais existé.

Toujours est-il que Steph et Sam se perdent dans les abîmes d’une discussion autour des différents spots de skate-board à Paris et en banlieue. Quoi que ces derniers, Steph, étant skateur mais parisien pure souche, il ne les connaît pas trop, sauf bien sûr celui de La Défense, mais est-ce réellement en banlieue La Défense ?

Puis, les pâtes et les filles reviennent de la cuisine avec des assiettes et du ketchup. Et tous, s’installent pour avaler ce plat international. Un petit yaourt en dessert fait toujours l’affaire et, les gars occupés à rouler des pets, les filles s’en vont faire la vaisselle.

« Ouais, j’te jure, c’est un pur plan, la soirée. Faut pas louper ça, ça va déchirer. Tu devrais venir aussi...

- Ben, ça craint pas si on s’ramène à trop, avec les meufs on s’ra cinq en tout…

- T’es ouf ou quoi ? Le mec qui fait la teuf, j'le connais on est plus ou moins à la fac ensemble… Alors …

- Et c’est où, s’intéresse Steph. C’est dans le 78. Au fin fond de la cambrousse, ça ? C’est pas trop loin ?

- T’es dingue, même pas trente bornes… Et puis, c’est pas vraiment la cambrousse avec des vaches et des paysans, c’est plutôt fils à papa et belles poulettes. Non, franchement t’as qu’à venir… T’as une caisse, non ?

- Ouais, ouais. T’as raison, on fini les pétards et on y va… »

Là, les yeux de Sam, bien que peu ouverts par la drogue fumée, s’écarquillent. 

 Cool, il a une caisse, c’est de la balle. On va vraiment pouvoir y aller, même pas moyen de prendre le RER pour se retrouver n’importe où au mieux dans un fourré fourré avec Svetlana, au pire largué à Saint-Rémy, seul tout, sans plus aucun train. Mais y’a pas moyen, ce gars là à une caisse. C’est la classe et c’est au bord d’une piscine qu’elle me laisser lui ôter son nouveau joli maillot de bain vichy rose bonbon (« ça c’est Paris »)… Allez, on fini ces pets et on est partiii….

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07 avril 2007

...

Vendredi, 20h00,

Antony, RN 20,

Un studio dans un immeuble standing :

 Dévorant une bd fantastico-érotico-chevalerseque, Julien allume son dixième pétard de la journée, installé confortablement dans son fauteuil. Une compil de ragga jamaïcain tournant sans fin (mode random) sur la platine cd. Il attend que son plat cuisiné finisse de chauffer au bain marie.

Rien à préparer, même pas de vaisselle à faire. Foutre de l’eau chaude vite fait en frottant sur une assiette et une fourchette. Et la casserole juste histoire de la rincer (qui a dit que le plastique salissait ?).En plus quand l’eau bout, ben on a le temps de rouler ou de fumer un pet, voir de lire une bd.

Sa bd finie, il mange donc son poulet/riz à la créole tout en buvant au goulot de sa troisième bière qu’il finit par la même occasion. La télé sans son lui montre les images d’une sitcom pourrie. Regarder ça ou autre chose, qu’elle importance. Juste des images à mater pendant que Mr Vega scande « She’s a Ho » dans la pièce.

Son repas terminé, il ne reste plus à Djule qu’à rouler un pet et qu’ouvrir une autre bière pour passer le temps d’une soirée qui ne fait que commencer. Bientôt, il fera pareil, boire et fumer, mais il ne le fera plus tout seul et cela changera tout.

 On n’est pas le même foncedé tout seul dans son coin

 Que lorsqu’on s’en met plein la gueule avec ses copains.

De plus, se dit-il, il va bientôt être l’heure de bouger avant de ne plus en avoir la motivation. Il prend son bloc de shit et à l’aide d’un vieux couteau à la lame cramée, il en extrait un bout d’un e quinzaine de joints qu’il fourre dans sa poche, pour la soirée. Il attrape son paquet de cigarettes, en laisse cinq sur sa table de chevet, pour demain. Il recycle un sac plastique en y mettant la bouteille de sky et un vieux caleçon faisant office de maillot de bain, passe cinq minutes à choper ses clés et son larfeuille, puis s’arrache de son appart, direction chez Paul, via le RER.

Vu ce que j’ai déjà picolé et vu ce que je risque de picoler ce soir, c’est plus cool de laisser ma caisse, tranquille, dans son garage.

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08 avril 2007

....

Vendredi 20h30,

Banlieue proche et nord de Paris,

Studios Wistiti :

 C’est la pause au studio Mich’Druck’. L’animateur de l’émission doit emmener son co-présentateur faire et ses besoins. Et oui, on a beau être une star du petit écran, on doit quand même y être emmené.

Et Jean-Ed, en toute star canine qu’il est, n’en reste pas moins, justement, canin et rien ne remplacera jamais son lampadaire favori. Tandis que Germain conduit le caniche derrière le bâtiment, l’équipe en profite pour souffler. Et Tim, il souffle. Tirer des câbles, changer des bobines, tenir les spots, toutes ces belles joies de l’assistance, ça fatigue.

En plus, c’est plutôt un relou Germain avec son « Jean-ed et Germain vous en souhaite bien… A demain, à deux pattes… ».

Tout ça parce que c’est le cousin de la meuf du patron. Toujours à rechigner, toujours à se plaindre que son clébard n est pas assez éclairé, est trop éclairé, que le plan est trop serré, que le plan est trop large.

Et puis ce con de producteur (lui-même beau-frère du frère du boss) toujours à acquiescer et à appuyer ses caprices. On se croirait à l’émission du type dont c’est le nom du studio.

Bordel, faut qu’ils arrêtent, c’es juste une émission pour et sur les clebs sur une chaîne du câble.

Stoppez tout là, c’est pas bon les gars de croire que ça assure ce que vous faites : une télé pour les chiens. Ca s’invente pas ça comme concept, ou alors si, mais on en a honte… Et ses cons là, ils en sont fiers, et tout le monde devrait en être pareil sous prétexte que c’est l’esprit Wistiti qui prime ici, c’est pas le boulot, coco…Dirait Bob et pense Tim en se tirant du studio.

 Il se dirige vers la sortie, pressé de décompresser de tous ces cons pressés. Il s’arrête dehors, devant le bâtiment, pour se fumer une petite clope à l’air frais de Paris. Il sort aussi son portable, l’allume (ah, non, merde, il est déjà allumé. Putain, heureusement qu’il n’a pas sonné pendant l’enregistrement…) et le voilà qui sonne. L’écran s’allume et affiche le nom de

Djule tandis que Tim coupe sa sonnerie (la Traviata) en acceptant l’appel entrant :

« Ouais … Salut vingt, ça va ?

- Hum, hum. Peinard. J’te dérange pas là ?

- Non, ça l’fait. C’est pile poil la pause, je fume une clope dehors. Le clébard est parti chier, au moins y fait pas chier pendant ce temps là.

- Ah, ben moi, j’suis dans le rère, à Palaiseau, là. J’vais chez Paul, tu nous rejoins ? Hein ? Tu te souviens ? Ce soir : pure ré-soi en perspective. T’es de la partie ?

- Bof, j’sais pas, j’suis naze. J’ai dit à Caro que je l’appellerai peut-être pour qu’on s’voit ce soir. Puis, j’sais pas à quelle heure je finis…

- Bref, t’es pas motivé. Bouge un peu, remue-toi ! Et oh ! Ca va être mortel, viens… Assure !

- C’est ce que tout le monde me dit, je sais, je vais voir…

- Passe donc chez Paul, y aura de quoi te remotiver ! Et ramène Caroline, si ça la branche.

- Bof, j’sais pas trop, tu sais, Caro, les soirées…

- Mais t’es ouf, mon gars ! Ce soir, ce n’est pas une soirée comme « les soirées ». Non, tu réalise, pas c’est « the » soirée... Rappelle toi, on pourra s’baigner. J’ai déjà mon maillot…

- C’est vrai, c’est cool, y a une piscine…

- Alors passe chez Paul…

- Ok, j’passerai… Peut-être… Sinon j’appelle.

- D’acc, man ! A plus, bosse bien… Et embrasse le chien.

- C’est ça, à plus. »

Tim finit sa clope, hésite à appeler Caroline. Non, il éteint son téléphone et il attendra un message de sa part, c’est mieux. Il écrase le mégot par terre, le jette dans le gros cendrier de l’entrée. Remettant son portable dans sa poche, passant devant, en souriant et un murmurant un bonsoir, une belle femme assise dans l’entrée, Tim rejoint le plateau télé, précédant Germain portant le caniche dans ses bras :

«  Il a fait un bon caca ? Oui … Hein… Qui c’est qui va faire de l’audimat ? C’est mon Jean-Ed, mon toutou tout fou ! »

 C’est dingue, observe Tim désolé. On vit vraiment dans un monde de fous. Les gens ne savent pus ce qu’ils font, ils ne se rende même plus compte de leur folie. Qu’est qu’on, qu’est-ce que je, fout là ?

Allez les gars, vous avez raison. Allez les gars, c’est la teuf ce soir ! Ok, les gars, on pête tout, on fait n’importe quoi !

Faisons tous n’importe quoi !

Chacun pour soi et tous ensemble dans la démence en toutes circonstances.

Refermant la porte du studio derrière lui, Tim se demande où il va dénicher un maillot de bain, bien qu’un caleçon serait préférable….

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09 avril 2007


Début de soirée : la mise en route.

Vendredi 23h00,

Boulevard périphérique,

Quelque part entre Porte de Bagnolet et Porte d’Orléans :

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 Le panneau à cristaux liquides jaunes au dessus du pont indique : « Circulation Fluide ». Et c’est vrai.

Parmi la foule tranquille et fluide, nettement moins limpide par ailleurs, des voitures et des camions qui roulent autour de Paris, il y a une Ford Escort Beige, immatriculée 75, autocollants «  J’Y ta femme » et « Beastie Boys » sur la lunette arrière, autoradio crachant, basses à fond, via les ondes radiophoniques, un mix old school electro hip hop de Dee Nasty et au volant, qu’il tapote en rythme, il y Steph. A ses côtés, à la place du mort, ou en l’occurrence celle du co-pilote, c’est Sam, skate sur les genoux, cigarette sur l’épaule, pétard à la bouche,qui y roule un joint. Derrière, les trois étudiantes étrangères se marrent dans un curieux dialecte américano-dano-russe.

« Ah, les filles, leur déclare Sam, ce soir : vraie soirée à la française ! The french party touch! Ca vous changera des soirées parisiennes et de celles de la cité U.

Détente assurée, à la campagne, in the country, im der Land…

- Et je croyais qu’on n’allait pas voir les vaches, l’interrompt Steph, plus intéressé que les nanas qui continuent à se poiler entre elles.

- Mais, t’es con, Steph, je dis ça pou l’exotisme, pour le charme, tu comprends… Tiens, prend le pétard et prend, aussi, bientôt, à droite. L’A10 direction Chartres. »

Pensant que s’il avait eu un autre plan caisse que lui, cela n’aurait pas été plus mal. Mais bon, un bon plan soirée, une sympathique étudiante qui a acheté un maillot exprès pour l’occasion et même un moyen de locomotion… Alors ce n’est pas grave, si Steph est un peu con

 C’est pas le premier con, ni malheureusement ou heureusement le dernier, que je ramène en teuf. Mais, c’est pas le pire non plus .De toutes façons, ce n’est pas lui le plus important, c’est Kristina. Puis, en plus, j’amène 3 meufs chez Gilles. Y m’a bien dit de venir avec des gonzesses, et puis vu que les trois quart de ses connaissances sont des mecs et que le quart restant sont les meufs des keums, ce genre de soirée, ça peut vite finir qu’ente couilles.

Mais, bon, là j’suis plutôt bien parti pour la linguistique…

Sam finit de rouler son pétard, puis se retourne vers les demoiselles de l’arrière et sourit…

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10 avril 2007

Vendredi,

23h00,

Un appartement type F3 :

 Paul a fini de jouer à la Playstation, il a fait quelques parties avec Julien et puis, ils ont laissé tomber le jeu de voitures. Ils sont maintenant, joints dans la bouche et verres de whisky dans la main, en plein discussion sociologico-éthylico-cannabique :

« De toutes façons, y a un système et il faut s’en servir tout en essayant de le desservir, déclare Djule. Moi, tu vois, j’en profite. Je touche les allocations logement, une allocation assedic et est-ce que j’ai besoin de travailler pour consommer ? Non, je consomme mais je ne travaille pas. Un pur produit de la société de consommation qui arrive à vivre intégré (je consomme donc je vis !) sans être réellement intégré.

C’est la société qui m’entretient et en retour je l’entretiens à mon tour en payant mon loyer, mes clopes, ma bouffe.

Bon, j’entretiens aussi la mafia avec ça, ajoute-t-il en désignant son pétard. Mais bon, l’état ou la mafia ? C’est du pareil au même. Dans l’histoire, c’est toujours une poignée qui récolte les gains du travail de la masse. Mais, moi, je ne suis pas dans la masse, ni même à la masse, tu m’diras. Moi, je m’esquive, je m’infiltre dans les rouages de l’administration publique, je cherche un passage et je m’y engouffre en ma qualité de bon citoyen qui a côtisé pour le bien de la société.

Tu vois, Djule tire une longue latte qui manque de le faire tousser. Tu vois, les cotisations sociales, faut voir ça comme un prêt que tu fais à l’état. T’investis un peu à chaque fois pour plein de trucs. Bon, … La retraite, on s’en fout pour l’instant, l’assurance veuvage encore plus… Mais parmi tous ces prélèvements et les autres, y ceux de l’assurance chômage…

Et moi, c’est là-dessus que j’agis, que je récupère mon prêt et parfois ses intérêts plus ou moins direct. Comme par exemple, tes allocs de logement qui augmente, puisque t’es chômeur. C’est surtout sans compter tous les avantages « chômeurs ».

 Voilà la profession de l’avenir : chômeur !

- Arrête tes conneries, le coupe Paul, visiblement saoulé par ce long blabla. On peut vouloir être chômeur comme but dans la vie. Quand t’es chômeur, t’existes pas, socialement en tout cas.

C’est pas crédible de vouloir ne pas exister… Et puis, y’a bien un moment où il faut aller bosser…

- Ouais, si c’est pour faire toute sa vie un boulot à la con avec des cons qui te prennent pour un con et que pour « exister », comme tu dis, tu deviennes toi aussi con, la connerie étant contagieuse, non merci. Objection votre honneur ! Moi, je préfère être un con invisible plutôt qu’un con visible.

-  Et bien moi, quitte à être con, je préfère gagner des ronds.

- Ah ouais et t’en fais quoi des mille balles par mois que, grâce à ton existence sociale, tu gagnes de plus que moi… tu les places en Bourse peut-être ?

- Pourquoi pas ? »

La sonnerie de l’interphone qui résonne dans l’appartement stoppe net cette charmante conversation. Paul se lève, décroche et après avoir répondu deux ou rois conneries à son interlocuteur, genre « non, y’a personne, j’suis pas là, c’est la bonne... », appuie sur le bouton pour lui ouvre et retourne s’asseoir aux côtés de Julien qui se sert une généreuse rasade de whisky :

« C’est De-Frè, annonce Paul. Il monte, il a l’air en forme.

- Tu m’étonnes, vu la soirée de ce soir, il doit être tout excité. Une piscine… T’imagines ce qu’il va pas faire son Aldo Maccionne de Super 8. Je le vois déjà cet énergumène en train de se pavaner au bord de l’eau, faisant, le beau…

- Eh, les gars, on parle de moi. De-Frè le tombeur ? Alors prêts, vous aussi à toutes les tomber ? »

Frédéric, grand, assez épais, (on devine l’ancien sportif (même pas trente ans !) musclé à qui la fête et la bière ont fait prendre du bide), fait son entrée.

Il serre fermement et jovialement la main à chacun de ses deux potes réunis, accepte le pétard que lui passe Djule, attrape un verre, le remplit (à raz bord) de sky et s’assoit sur le canapé, face à la télé éteinte :

« Alors, la forme, les gars ? C’est cool d’être en week-end, non ?

- Tu m’étonnes, acquiesce Julien avec un sourire à l’attention de Paul.

- Ouais, c’est cool le week-end, mais bon, là où je bosse, les journés passent vite, tu les vois pas défiler. T’arrives peinard vers 9h15. A 9h30, t’as déjà dis bonjour à dix canons, fait la bise à la moitié d’entre elles, bu un café, et tu vas tranquille dans ton bureau. T’allumes l’ordinateur, tu lis tes emails, tu racontes des conneries avec ton collègue, tu regarde passer les jolies filles dans les couloirs vitrés. Puis, de temps en temps, t’aide un espèce de cadre trisomique ou stressé qu’a des problèmes de téléphonie en lui parlant dans un micro casque tout en lui faisant des grimaces salaces. Mais, rester le plus sérieux possible dans la voix.

Sérieux, avec Steve, on s’marre bien, c’est cool. Et puis vous verriez les meufs, les gars. Vous n’en reviendriez pas !

- Justement, on les a jamais vu ces meufs, l’interrompt Julien.

- D’ailleurs, quand est-ce que tu nous en ramènes une de ces superbes filles ?, lance Paul. Avec ses copines si possible, qu’on puisse nous aussi apprécier.

Ce soir c’était justement l’occasion. Hey, les nanas, pour explorer de nouvelles relations extraprofessionnelles, j’vous invite à une soirée dansante. N’oubliez pas vos maillots de bain, venez nombreuses…

Ca l’aurait fait non ?

- Hum, hum, lui répond Frédéric. Mais tu sais bien que j’attends d’avoir fini mon CDD de 6 mois et d‘avoir signé mon CDI pour me lâcher dans la boîte ! Après, le contrat dans la poche, les 12 000 balles sur mon compte 13 mois par an, j’vous dis pas le nombre de petites nanas que je vais serrer…

- On verra, on verra, lui répondent ses potes peu convaincus. A ta santé Fred !

- A la vôtre ! Au fait, y à qui vient soir-ce ? Pas de nanas en perspective ?

- Ben non, souffle Paul. Que des couilles, comme d’hab. En plus, j’ai pas eu Sam. Y fait chier ce con là ! Toujours sur répondeur. J’espère qu’il va rappeler ou se pointer. C’est son plan… C’est lui qui sait où c’est.

On n’a plus qu’à attendre ce crevard… »

Joignant le geste à a la parole, il prend son paquet de rizzla-croix sur la table, en retire deux feuilles, les colle en perpendiculaire et d’une langue furtive en coupe un bout, ne laissant ainsi que le collant sur la première feuille. Il dépiaute une cigarette, met le tabac dans le creux de sa main et, avec l’autre, émiette sa boulette aidé par la flamme de son briquet :

«  Tiens, Djule. Monsieur le chômeur consommateur, rends donc service à la société : mets de la musique. C’est la teuf que diable ! »

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11 avril 2007

...

teuf

C’est la nuit:

la soirée en place.

Samedi 02h00,

Lointaine banlieue parisienne,

Aux alentours de Millon La Chapelle :

 Un peu en retrait de la D46, entre St Rémy et St Quentin, un petit chemin à travers bois conduit à une propriété d’où s’échappe un bruit sourd de musique et d’éclats de rire. Déjà, le long de la départementale, est garées une petite dizaine de voitures assez classe. Le petit chemin en est rempli.

Sur le parking, parmi elles, une Ford Escort autocollants « J’Y ta femme » et « Beastie Boys » sur la lunette arrière.

Au milieu de la propriété, encadrée par un haut mur, une maison de style bourgeois début du XXème.

Sur le pallier, on y trouve un groupe de quatre, cinq personnes, 20-25 ans, mêmes chemises blanches ouvertes, mêmes tee-shirts taille xxs à logo fun, mêmes cocktails à la main, mêmes rires éthyliques.

Dans l’entrée, un mec locks sur la tête, rasé de près, petit bouc bien taillé, drague une nana ultra maquillée, piercing au sourcil, cheveux mi-longs en vrac.

Dans la cuisine, autour de la table transformée en délicieux fourre-tout composé de tout ce qu’on peut trouver dans une telle pièce : cadavres de bouteilles, mégots en tout genre gisant dans autant de cendriers improvisés (canettes de bière, reste d’aile de poulet dans une assiette en carton blindée de mayonnaise, emballage de vache qui rit ,…) se retrouvent les habituels crevards des soirées et autres affamés ou assoiffés. Dans ces quinze mètres carrés, il y a bien une quinzaine de personnes vaquant à leurs activités. Un mec en tee-shirt vert a son crâne rasé dans le frigo, scrutant les dates de péremption des yaourts ; une nana, rousse, petite, en mange d’ailleurs un à la pomme avec le manche d’une fourchette ; deux lascars en jogging de marque, visiblement bien retournés, surveille la cuisson d’une pizza au micro-ondes ; un grand mec fin et mal rasé, quoique déjà bien allumé, cherche sans relâche du rhum parmi les bouteilles.

Dans le long couloir, large, tableaux aux murs, il y a bien au moins une dizaine de personnes qui discutent, dansent, boivent, fument…

Dans le salon qui donne sur un véranda, nous trouvons une vingtaine de personnes dansant ou scotchant fauteuils et canapés. Dans un coin de la pièce, près d’une belle cheminée, derrière ses deux platines, un dj passe du ragga. Ca sent d’ailleurs la bonne herbe autour de lui. « Cocaïn will brow your brain, but sensimillia is I-rie »

Sur la véranda, il y a cinq personnes qui dansent. Casquette à l’envers, Quentin aide Kristina, tee-shirt La Chapelle moulant, à remuer son corps sur le rythme jamaïcain. Baggy laissant dépasser un caleçon Dim, Steph enlace Angèle, jupe courte, donnant ainsi à leurs mouvements une connotation plus érotique qu’esthétique. A côté d’eux, Svetlana, couettes sur les épaules, fait tout son possible pour suer, et elle y arrive, bien, en plus.

Plusieurs individus, femelles et mâles, sont aussi présents sur la véranda, penchés vers le jardin, où un espèce de bassin rassemble à son bord peu éclairé quelques participants de cette soirée aussi éméchés que la faïence de ce truc qui a du, effectivement, en de jours meilleurs, servir de piscine. On y distingue même, sous des plantes exotiques, ce qui a probablement été, autrefois, un plongeoir. Mais, à l’heure actuelle, malgré la quasi-pénombre, on se rend bien compte que l’eau verdâtre qui la rempli n’a plus été chlorée depuis bien longtemps et que c’est maintenant les crapauds qui profitent des joies de la baignade au milieu des nénuphars. Grand bien leur fasse !

Son téléphone ayant vibré, Sam, descend de la véranda, abandonnant Kristina et la danse pour quelques instants. Il va répondre, loin du brouhaha, au bord de la piscine-mare :

«  Allo… Ouais, les gars vous êtes relous ! Vous êtes où ?

- 

- Ah, quand même ! Mais comment vous avez fait vos comptes pou arriver là-bas ?

- 

-  Bon, bon, c’est pas grave. Dis aux autres d’arrêter et écoute-moi , j’vais t’expliquer comment trouver. »

Il part donc dans ses explications. Sam est un vrai Bison Futé des parcours routiers, presque un 36 15 des itinéraires de la région parisienne. Il donne l’impression d’avoir arpenté toutes ces routes, de savoir exactement comment se rendre d’un endroit à un autre, n’importe où dans un rayon de 50 kilomètres autour de Paris. Et pourtant, il n’a pas son permis et ne conduit que dans de très rares occasions suscitées par l’état de délabrement avancé des autres chauffeurs potentiels. 

Mais, c’est un as du co-pilotage. Donnez-lui assez de carburant fumable et buvable, et il vous guidera sans erreurs de Viroflay à Sucy-En-Brie comme de Cheptainville à Mantes-La-Jolie.

Il indique donc, sans problèmes, à ses copains, comment le rejoindre.

« Et vous perdez plus ! J’éteins mon portable. J’ai mieux à faire qu’à jouer les cartes Michelin pour des gravats dans votre genre. Z’avez l’air bien fracassés, les potes. Allez, à plus, y’a le Danemark qui m’attend. »

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12 avril 2007

...

Samedi 02h00,

Sur une route entre Saint-Rémy-les-Chevreuse et Chevreuse,

Quelque part au bord de l’Yvette :

 Dans la Golf Sr de Fred, arrêtée sur le bas-côté, il règne un climat plus que fumeux. Les joints continuent à se fumer et à se rouler, les bouteilles de bière et celle de whisky tournent également et se vident à une vitesse ahurissante. Au volant, son propriétaire, sourire jusqu’aux oreilles, jette une canette à travers la vitre ouverte et en prend directement une nouvelle, non sans avoir vérifié que la précédente avait bien atterri dans la rivière et s’écrie :

«  Putain, les mecs, elle où cette teuf ? J’arrive mesdemoiselles et mesdames. J’arrive, dès qu l’on aura trouvé. Faites attention, préparez-vous ! »

A ses côtés, Paul, essuyant le goulot de la bouteille de Grant’s avant d’en avaler une gorgée, s’énerve :

« Salaud de Sam ! Il nous a encore mis en plan ! Elle est où cette baraque de merde ! »

Derrière, lui, Tim, baillant un bon coup avant d tirer une bonne latte sur le pétard, en est toujours à sa première bière :

«  Ouais, vivement qu’on arrive. J’suis naze, moi. J’crois que je vais aller me baigner direct là-bas. Une bonne tête y’a que ça … Après, on verra. »

A ses côtés, Julien, bière entre les genoux, roule un nouveau pétard et à l’air déjà bien décalqué :

« … ?

- Bon on le rappelle et il nous dira où c’est ?, demande Frédéric ;

- Ouais… Mais, j’suis ûr que ce connard s’est mis sur répondeur. Comme d’hab, répond Paul.

- Les gars, faut bien faire kekchose, enchaîne Tim. On va passer la soirée dans la voiture…

- Pourquoi, ironise Djule, on n’est pas bien là ? Au bord de l’Yvette ? On fume des pèts, c’est chouette, ça pète, ça b…

- Ta gueule, le poète au chômage, le coupe Paul. Bon, j’appelle le skater gosse beau, vos gueules les mouettes….

Allô, Sam ?...Ouais ben, on est du-per…. Là, on est en St-Rémy et Chevreuse, au bord de l’Yvette, y’a un panneau y’a marqué « St-Forget »… C’est à cause de Fred, ce con a fait n’importe quoi…

- Oh, l’autre, eh, s’insurge l’intéressé. C’est même pas vrai, c’est Djule qu’a fait n’importe quoi.

- T’es ouf ? C’est Tim… »

Et un beau bordel cacophonique s’immisce dans la voiture et par la même occasion à l’autre bout du fil d’où Sam met un terme à leur dispute en expliquant à Paul comment se rendre à la soirée.

«  Vous voyez, annonce ce dernier, en raccrochant. C’est moi qu’avait raison. Allez, Fred, fais demi-tour. »

 « The show must go on » lance Julien en même temps que le moteur.

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13 avril 2007

Toujours la nuit : on nage en plein dedans !

Samedi 03h00,

Chez Gilles,

Dans le salon, sur un fauteuil:

Pourtant, il le savait Tim, il n’aurait jamais du venir, il était fatigué. Mais il est là, assis au fond de ce fauteuil, scotché. On ne le remarquerait quasiment pas tellement il ne fait qu’un avec lui. Ils d’ailleurs tous les deux la même teinte : pâle.

S’il est là, physiquement, Tim, on ne peut pas dire que son esprit soit lui aussi présent, au milieu de tous ces gens qui s’amusent,ou qui comme lui, comatent.

Pour l’instant, il se sent comme le spectateur immobile de ce qui se déroule devant lui. Il a l’impression d’être au cinéma sauf qu’au lieu de regarder un film assis dans une salle, il le voit de l’intérieur. Il est assis dans l’écran, invisible pour les acteurs, n’ayant aucune prise sur eux. Déconnecté du réel.

Pour se rassurer, pour se dire que ce n’est pas vrai, il essaie de communiquer avec un mec, assis pas loin, sur un autre fauteuil, dans un état apparemment aussi lamentable que lui, sweat à capuche rabattue sur la tête. Sans résultats. Tim tente d’ouvrir la bouche, y parvient, essaie de former des mots, n’y arrive pas.

Ne réussissant pas à capter l’attention de son voisin et collègue de fauteuil, il s’efforce d’attirer celle d’un groupe de pingouin, non loin de lui, en leur faisant des gestes. Mais, alors qu’il se rend compte de son impuissance à remuer les bras, il réalise du même coup que cela ne peut pas être des pingouins qui discutent.

Wouahou, pense-t-il, je suis bien raide, moi.

 J’hallucine grave, là. Des pingouins… Kesk’y m’arrive ? C’est à force de filmer des clébards que je vois des ping…

Non, vraiment faut qu’j’arrête tout, moi.

Sur ce, il ferme les yeux et son corps, chargé à bloc de gin et de shit, lui donne des frissons chauds partout, des pieds à la tête, puis, la sensation de décoller comme aux montagnes russe. L’impression stoppe net quand il rouvre ses yeux. Mais, devant lui, tout bouge, les gens, normal, mais aussi les meubles et les murs. Rien ne va plus, tout devient flou. Les couleurs s’estompent tel un vieux téléviseur à la luminosité réduite. Il referme se yeux. Nouveaux frissons brûlants.

 Pourtant, il le savait Tim, il n’aurait jamais du venir, il était fatigué. Heureusement, il n’avait pas terminé trop tard, au taf. Il avait pu passer chez Caroline juste après. Dire qu’il aurait pu rester chez elle à passer une tranquille soirée à deux : télé-calins, fornication, cigarette au balcon, puis quand la belle sera endormie, elle s’endort vite, un petit stick fumé en cachette dans les toilettes, fenêtre ouverte, puis, doucement la réveiller en l’embrassant et remettre ça, puis gentiment s’endormir dans ses bras….

Voilà, ce qu’il aurait du faire et si son téléphone n’avait pas sonné dix minues après son arrivée chez sa copine, c’est sûrement ce qu’il aurait fait.

« Allô, Tim ? C’est Fred. J’suis à bloc, j’sors de l’apéro avec des collègues de bureau, pastis à gogo… Tu sais la hot-line, c’est hot sur toute la ligne…

- Ah ? Salut Fred….

- Alors, tu fais quoi ce soir ? On s’rejoint chez Paulo, j’ vais là….

- J’sais pas trop, j’suis naze, là, j’sors juste du boulot, j’…

- Justement, gars, c’est le moment. Viens et ramène des nanas de ta télé. Ouais, de belles nanas télévisuelles, bonnes et surtout chaudes… Ouais, chaudes, mon pote. Bonnes et chaudes. Chaudes de la chatte !

- Hum… C’est pas vraiment comme tu crois, Fred. Puis, là, en plus j’suis chez Caro.

- Passe lui le bonjour de ma part, petit veinard. Embrasse pour moi sa fesse gauche. Smack….

- Arrête t’es con…

- Non, sérieux, ramène toi. Ca va être la teuf tu mois. Si t’y est pas, tu l’regretteras. Motive Caro, j’sais que tu sauras comment t’y prendre, vieux saligaud… Allez assure, viens !

- Ok, ok, je lui en parle…

- Cool, ça va être la TEUFFFFF !

- Bon, ben on s’rejoint chez Paulo, alors…

- Ben , tu vois, Tim, quand tu veux… Allez à plus, gars et as trop de cochonneries avant de venir… Salaud… Et n’oublie pas ton maillot… Ciao bello,..

- Salut. »

Et Tim en parla à Caroline, jolie brunette aux yeux bleus, étudiante en DESS de psychologie scolaire et pianiste émérite :

 «  Franchement, j’suis vannée. J’ai passé ma journée à jongler entre psycho, métro et piano. Alors, passer une soirée au milieu de tes toxicos de potes avec, en prime, en tête du peloton, l’autre espèce de pervers frustré de Frédéric, non, mon choux. Je préfère qu’on passe la soirée, ici, tous les deux.

- Attends, qu’est-ce que tu as dis sur mes meilleurs potes ? J’ai du mal entendre…

- Oh, fais pas l’ingénu, Timothée. Tu sais comme moi que tes potes, ce n’est pas vraiment ce que tu as de meilleur, mon biquet.

- Eh, c’est avec eux que j’ai fait mes plus belles, mes premières et les pires conneries. Et puis, je ne t’ai jamais parlé de tes copines, Hein ?

- Il ne manquerait plus que ça mon cœur. Non, reconnais-le, tu as passé l’âge de faire de conneries avec tes potes. Tu n’avanceras à rien avec eux ! »

Et là, ce fut trop tard, le point de non retour était atteint, celui de la discorde aussi. Même si c’est plausible que Tim et ses potes n’avancent pas des masses dans une direction ascendante et constructive lorsqu’ils se retrouvent (du moins aux jolis yeux de Caroline), la question n’est pas là, n’est plus là. Non, on ne parle pas ainsi des copains. Parce que sinon, les copines parlons-en : chochottes , coincées du cul, humour néant , préoccupations à deux balles, dépourvues d’intérêt les filles.

L’amitié supplante l’amour.

Chacun campe sur ses positions, le ton monte, l’écoute s’efface.

Puis, Tim est parti rejoindre ses potes pour faire la fête, non sans avoir récupéré son caleçon de bain, resté chez elle depuis leurs dernières vacances à la mer (ça faisait si longtemps ?!), laissant Caroline pleurer et lui recommander de prendre toutes ses affaires si  «  tes potes et leur délires de merde (l’) intéresse plus qu’ (elle) ».

Résultat : un nouveau problème à gérer pour Tim. Recoller les morceaux, comme à chaque fois, ou, pour une fois, casser pour de bon ; That is the question. La réponse viendra en temps et en heure.

Non, il le savait, Tim, avachi dans son fauteuil, il n’aurait jamais du venir. Déjà, un sale pressentiment l’avait traversé quand ils s’étaient paumés pour venir. Puis, sur place : la déception. Ayant déjà pas mal fumé, il ne pansait qu’à une chose : piquer une tête dans la piscine, histoire de se réveiller, d’avoir la patate pour la soirée. Ouais, il s’y voyait déjà, faisant des longueurs.

Alors, quand la première personne qu’il rencontra sur place, un vieux pote de lycée oublié, lui annonça que les crapauds étaient bien les seuls à en profiter de^puis longtemps, de la piscine. Tim fut vraiment dégoûté.

Pourtant, il le savait, il devrait être au pieu en amoureux avec Caroline et non pas ici à se bourrer la gueule au gin pour noyer dans sa mémoire la défunte piscine et finir, comme une larve, dans ce putain de fauteuil.

Il le savait. Pourtant, il est là, impuissant face au monde qui tourne (c’est le cas de le dire) autour de lui. Yeux ouverts ou fermés…

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14 avril 2007

...

Samedi, 03h30,

Chez Gilles, au deuxième étage,

Dans une chambre :

 Si Sam et Kristina, ainsi que Steph et Angèle, ont choisi d’aller jusqu’au deuxième étage, dans la chambre la plus reculée, ce n’est sûrement pas pour que tout le monde sache ce qu’ils y fabriquent. C’est la raison pour laquelle, nous ne savons, ni ne saurons rien de ce que font ou ne font pas ces deux couples, ensemble ou séparément, à cet instant précis.

Nous ne pouvons que supposer, s’intriguer, s’imaginer, à moins que nous ne préférions l’ignorer. De toutes façons, trêve de considérations bien ou mal placées, on n’en saura pas plus à l’heure actuelle. Alors, cela ne sert à de s’acharner.

C’est la fête, faut s’amuser.

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15 avril 2007

...

                            

Samedi, 03h30,

Chez Gilles,

Dans le jardin,

Tout au bord de la piscine pas du tout bleue marine :

 

 Affalé dans ce qui fut, sans doute, un transat à une autre époque, fumant un spliff avec Paul, Fred contemple, dégoûté, l’espèce de bassin délaissé par l’ensemble des fêtards et pour cause :

« Quand même, ce connard de Sam, lâche Fred. Il abuse. Ouais les gars, vous allez voir, y’a une piscine chez Gilles, elle est mortelle. Tu parles, elle est plutôt morte cette pute de piscine. Rouillée, moisie. C’est pas ce soir que je pourrais inaugurer mon moule-burnes tout neuf de chez à fond la forme….

- Ni même te serrer une gonzesse, vu comment t’es parti, rétorque Paul qui reçoit le pétard. Par contre, niveau vents, chapeau, c’est ta soirée.

- Oh, oh, calmos, frêrot. Fredo n’a pas dit son dernier mot.

- Je sais, je sais, tu vas me ressortir ta foutue théorie.

- Ce n’est pas une théorie, gars. C’est une pratique. Prouvée et certifiée. J’ai déjà distribué dix-sept cartes et y a bien encore sept ou huit nanas avec lesquelles j’ai encore rien tenté.

- Et c’est les plus moches… Fais-moi rire le Casanova des cageots.

- Je t’arrête tout suite. C’est les moins moches. En plus, pour mes cartes, il n’ y en a que huit qui l’ont déchiré. Sur dix-sept de données, c’est pas mal, déjà. Neuf jolies chattes qui, potentiellement, m’appelleront pour une partie de jambes en l’air.

- Lâche l’affaire, De-Frè, tu te fais du mal.

- Oh, tu ne comprendras jamais rien à la gente féminine, tiens.

Allez, moi j’m’arrache. Je te laisse draguer les grenouilles. Je viens de voir passer une charmante petite rousse qui n’a pas l’honneur et le privilège de me connaître déjà. Ah, Zora, me voilà, oulala. Allez, ciao gars

- Ouais, c’est ça, c’est ça. Vas-y, don Juan, c’est dans la poche. La poche de la veste… Ah ! Ah ! Ah ! »

Et voilà le Fred qui s’approche de la rouquine tout en s’éloignant de Paul qui, lui, est rejoint par un petit groupe de personnes, verres à la main, rires bruyants sur les lèvres.

La petite rousse, frisée, un peu popote sur les bords, s’est arrêtée dans l’escalier qui remonte vers la véranda. Elle cherche puis sort un paquet de cigarettes, en extrait une, la porte à sa bouche, palpe ses poches à la recherche d’un briquet. Une flamme vient alors éclairer son visage parsemé de tâches de rousseur et par la même occasion calcine le bout de sa clope qui rougeoie en s’allumant.

Pendant qu’elle inspire sa première bouffée, ses yeux verts suivent le trajet de du zippo Jack Daniels, apparu inopinément, depuis l’extrémité de sa cigarette jusqu’à la poche de son propriétaire, en passant par l’épisode de sa fermeture contre le jean, digne de la mythologie du Far West, enfin, celle de Fred surtout

Ce dernier s’arme de son plus beau sourire (quoiqu’il n’y ait pas de miroir et que le nombre de bières, de pastis, etc… et de joints engloutis aujourd’hui n’aident sans doute pas ce sourire à ressembler à celui que Fred a la sensation d’effectuer) et l’accompagne de ces paroles :

« Vous cherchiez du feu, Mademoiselle ? »

Un peu surprise, la jeune fille réprimande un hoquet et apporte sa réponse à celui qui l’imagine déjà nue et le suppliant de la lui mettre plus fort (oh oui encore !) :

 «  Sans doute…

- Avec moi, c’est du sûr, affirme-t-il en appuyant ses mots d’un clin d’œil aussi stéréotypé que faux et lamentable (rien que ça !).

- Ah ...

- Et oui, avec Fred, moi-même, toute demande a une réponse. Objectif : satisfaction optimale.

- Ah bon…

- Exactement, réplique-t-il sans se soucier nullement du fait que son interlocutrice est plus occupée à se tenir debout et à contenir son ivresse qu’à l’écouter déblatérer son boniment.

Avec Frédéric, c’est bien connu, je dirais même plus, c’est bien conique, y’a pas de hic... Alors ? Qu’est-ce que tu fais dans l’heure qui vient ? Tu viens ?

- Oh, ben là… Faut que j’y aille. Je dois rentrer… J’crois que j’ai un peu trop bu…. Et puis on m’attend pour partir…

- Ah, quel dommage, parle bien Fred, vous voir fut un vrai hommage. Ces quelques instants furent palpitants. Vous quitter, je m’y suis résigné. Ne plus vous voir, y croire et je broie du noir. Tenez, prenez et appelez quand vous voudrez. »

Il sort de la poche de sa chemise une carte brisolée et la tend à la rouquine qui la met dans son paquet de clopes, avant de le ranger et de se tirer par l’escalier, balbutiant quelques mots pouvant ressembler à « au revoir, merci. »

Mais de toutes façons, Fred ne l’écoute même plus.

 Une de plus, ça fait 18 de distribuées, pas mal pour une soirée.

Ce charmant jeune homme ne se sépare jamais de son lot de cartes de visite. Il en a un carton plein chez lui et la moitié d’un dans le coffre de sa voiture, sans compter celles qui traînent un peu partout : dans ses poches, au boulot, chez ses potes (quoique là, elles finissent souvent découpées et transformées en filtres à pétards).

Il en a fait 300, aux frais de Allô-Tel-Fax-A-Repartel. Lettrage canon, carton épais avec, en prime, une photo couleur (retouchée et embellie par ordinateur), ces cartes de visite n’ont qu’un seul but : être distribuées au maximum de filles possibles. C’est une idée à lui (à moins qu’il ne l’ait vu dans une sale série télé), donner ses cartes de visite aux nanas qu’il rencontre, mais aussi à celles qu’il ne fait que croiser…

Comme ça, affirme-t-il, elles gardent un souvenir et une trace de moi, elles ne peuvent m’oublier. Ce n’est pas banal, cela n’arrive pas tous les jours qu’un mec vous glisse une carte visite. C’est qu’il doit être spécial.

 Bien sûr, cela élimine un certain nombre de bêcheuses, de prétentieuses, qui de toutes façons…

Mais, une bonne majorité la garde, la met dans un coin. Et parmi cette majorité, il y a bien une minorité statistique qui, un soir, esseulée, intriguée, amusée, flattée ou même bourrée qui décrochera son téléphone, son portable, son fax, son email et qui prendra contact avec son propriétaire qui a une si belle gueule sur la photo et tant d’humour.

La flèche atteint sa cible, le contact est établi. D’après Fred, 90% de réussite après cette étape. Les 10% restant, cela il ne le dit pas, concerne les jeunes ou moins jeunes filles qui ont une bonne mémoire visuelle. La différence entre la photo et la réalité étant flagrante et parfois dissuadante.

Voilà une des techniques de drague de Fred et quand on y réfléchit bien, on est dans la drague, au sens premier du terme : drague : n.f. : Filet à manche pour pêcher à la traîne (dixit le Petit Larousse Illustré 1985). Selon lui, il y aurait, en région parisienne, déjà 112 filles (celles de ce soir y comprises) qui seraient en l’heureuse et chanceuse possession de sa carte. Rien qu’en un mois. Et déjà cinq appels, dont trois conclusions d’un soir, une de deux soirs et une non conclusion. Bon, cela fait 20%, mais bon, sur un si petit échantillon, on ne peut juger.

Personne ne peut vérifier et n’en est aussi persuadé que lui.

Pour l’instant, la rousse ayant disparu dans les méandres de la nuit, Frédéric s’en va rejoindre Paul, sans oublier d’attraper, au passage, une bouteille de vodka qui traînait sur les marches.

 Une petite pause s’impose, je vais rouler un beuze.

 C’est pas la partouze ici, c’est pas grave, à la maison y a Penthouse….

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16 avril 2007

...

Samedi 03h30,

Chez Gilles,

Dans les toilettes :

 L’odeur et la couleur qui trônent en ce lieu ne laissent aucun doute sur l’état de son squatteur et, même daltonien et dépourvu d’intérêt, la position du fêtard couché sur la cuvette montre bien au visiteur les ravages de l’abus de vin rouge sur l’organisme de Julien.

Sans savoir pourquoi, lui qui n’en boit jamais, après une dizaine de bières, le quart d’une bouteille de whisky, deux ou trois verres de punch (à moins que ce ne soit plus), Djule a bel et bien jeté un sort à plusieurs bouteilles de pif.

Sans doutes, la présence d’une jolie demoiselle (maquée, mais c’est jamais marqué sur la tronche) a facilité la dégustation abusive de ces crus. Fasciné par son regard plus que par ses éloges du breuvage de Bacchus, il est resté bien longtemps avec elle, à avaler des verres de vin. Un Bordeaux je-ne-sais-plus-quoi, un Bourgogne je-n’-avais-jamais-entendu-ce-nom-là-avant,…

Les bouteilles vides l’ont entraîné, à ses côtés, sur la piste de danse. Au moment, où porté par la musique, il allait se rapprocher, physiquement, vers l’œnologue, d’une façon un peu plus intime, celle-ci a été kidnappée,sans contrainte, par un éphèbe qui s’avéra, aux baisers qu’ils échangèrent être son copain.

Déçu, Julien continua pourtant à faire bouger son corps au milieu des danseurs (il regardait uniquement les danseuses. Toutes Maquées, merde !) jusqu’à ce que son estomac, qui n’avait guère apprécié le fruit de la vigne fermentée mélangé à d’autres mixtures, l’entraîna, précipitament, jusqu’aux toilettes où, juste avant d’atteindre la cuvette, il en profita pour repeindre les cinq mètres carrés de la pièce en rose rougeâtre. N’ayant pas eu le loisir de fermer la porte à temps, il se fit alpaguer par Gilles et se vit remettre un rouleau de sopalin.

Rien n’y fit, plus il nettoyait, plus il salissait, se vidant de tout son saoul, allant jusqu’à expulser de sa bouche une sorte de bile teintée de rouge qui tâche. Il poussa la porte pour cuver et gerber tranquille, mais négligea le loquet.

Alors, depuis plus d’une demi-heure qu’il est là, au milieu de son vomi, toutes les cinq minutes, une personne ouvre et le voit : qui referme dégoûté, qui essaie de lui parler, qui lui propose un café (salé ou pas), qui se fout de sa gueule, qui hausse les épaules….

Il est mal, julien, il ne répond plus. Tout au plus, il geint. Le plus souvent, il ignore ou fait semblant, car lorsqu’il ouvre la bouche : beuuuuuuurrrrrkkkkk…


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17 avril 2007

...

 

Le jour se lève : fin de soirée difficile ?

Samedi 05h45,

Chez Gilles,

Dans le salon:

 Quelques dizaines de personnes envahissent encore le dance-floor. Elles ont l’air perchées et vu le type de musique qui est en train d’être mixée (de la techno au boum boum bien bourrin), la chimie doit bien y être pour quelque chose.

A part Tim, toujours au fond de son fauteuil, la plupart des occupants du lieu sont issus d’une bande fraîchement arrivée. Ils sont plus jeunes, un peu moins de vingt ans, sautent de partout, bougent dans tous les sens, ecstasiés à souhait, acidifiés à forte dose.

Se faufilant à travers cette faune en transe, Paul, surgi d’on ne sait où, se précipite sur Tim, le secoue, essaie de le réveiller sans ménagement ni compassion. Il a l’air pressé, limite stressé, Paul. En moins d’une minute, Tim ouvre un œil… deux yeux… jette un regard dans le vide… le fixe sur celui de Paul, qui déjà le speede :

 « Hey, Tim, Wake up… Arrête de scotcher… Viens on s’casse, j’t’expliquerai dans la caisse. Mais là, faut vraiment qu’on y aille. Sam s’est déjà barré, avec sa danoise. Je vais voir où est Julien, toi, rejoins Fred qui est déjà parti pioncer dans sa caisse. Putain, speede, merde ! »

Le pauvre Tim, émergeant à peine, a bien du mal à imprimer d’un seul coup toutes ces informations. Il regarde, hébété, son pote taper son coup de pression :

« Oh, oh… Tranquille… Je me réveille, moi…. Pourquoi faut qu’on s’taille ?

- Putain, t’es relou, va à la caisse, j’arrive avec Djule dès que je l’ai trouvé. J’vous expliquerai là-bas. Allez vas-y, lance Paul avant de se lancer lui-même à la poursuite de Julien et de disparaître ainsi du champ de vision de Tim, certes réduit, le laissant ainsi reprendre plus calmement contact avec la réalité agitée dans laquelle il se trouve. »

Il n’est pas très long, Paul, à dénicher Julien. Ce dernier pionce, toujours, dans les chiottes. Il le secoue violemment jusqu’à ce qu’il arrive à le ranimer peu à peu :

« Allez mon vieux, on décolle. Tim et Fred nous attendent à la voiture, on n’attendait plus que toi. Putain, mon gars, t’a retourné les chiottes, on dirait, vlà comment ça pue.

- Oh putain, mon bide, gémit Djule. J’ai trop abusé du pinard, moi… »

Paul, faisant fi de l’état et de l’odeur de son pote, l’aide à se relever, il l’accompagne dans la cuisine dévastée, lui procure un grand verre d’eau, et ils s’en vont vite fait. Julien a encore son grand verre d’eau à la main lorsqu’ils arrivent à la voiture où ils rejoignent Tim et Fred qui ont du mal à refaire surface. Ils sont donc trois à être dans les vapes tandis que le quatrième larron de Paul est tout excité et pousse ses copains à se bouger et à détaler sans plus tarder.

 

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18 avril 2007

...

Samedi, 6h00,

Sur la route des Ulis,

La Golf

La Golf de Fred dévale tranquillement la D46 sous un soleil se levant sur une vallée de Chevreuse assoupie. Assis aux côtés de ce dernier, Paul est surexcité, il a le regard vif, un large sourire et une envie folle de tout raconter à ses potes qui, à part Fred concentré sur la route et par la même occasion sur la musique de boîte qui s’échappe en sourdine de son autoradio high-tech, sont dans un semi-état comateux typique des fins de soirées difficiles. Mais, Paulo, lui a l’air plutôt enchanté de sa soirée et pour cause :

« Bon, les man, faut que je vous raconte… Ok, je vous ai un peu pris la tête, j’ai pas été très diplomate pour vous faire comprendre qu’il y avait urgence, qu’on devait à tout prix se barrer de cette baraque de merde..Je vous dois des explications.

Tout à l’heure, après que toi, Fred, tu m’as laissé en plan pour aller te réfugier dans ta caisse, tandis que les deux autres, hey les gars pioncez pas, écoutez, vous étiez en train de scotcher tout pouille-dé, moi je suis part voir où Sam avait disparu. Ne le trouvant pas, j’ai opté pour aller faire un tour dans les étages, histoire de voir s’il n’était pas en train de faire des folies de son corps avec sa dernière conquête. Je sais, ça s’fait pas d’aller emmerder un pote lorsqu’il tire sa crampe, mai bon, j’me faisais chier.

Arrivé au premier, j’ai donc ouvert les portes des différentes pièces sans résultats. Ni dans les chiottes, ni dans un espèce de débarras, ni dans ce qui ressemblait à une chambre et encore moins dans ce qu m’a paru être un bureau.
J’allais donc monter au deuxième Quand j’ai croisé son pote et sa copine, puis Sam et sa nana qui en redescendaient. Il m’a dit avec une expression pleine de sous entendus, qu’il,partait finir sa soirée avec eux et que, moi, j’avais intérêt à redescendre fissa vu que Gilles avait carrément interdit l’accès aux étages et que si il me voyait là il serait furax et que lui aussi, Sam, s’en prendrait plein la gueule étant donné que c’était lui qui m’avait invité et que donc, pour l’autre con, il était responsable de moi. J’vous passe les détails… Hey, les gars, vous m’écoutez. »

Pas de réponse, bonne réponse. Paul continue donc son récit :

« En fait, je ne suis pas redescendu. Bravant l’interdit, j’ai attendu de les voir disparaître en bas de l’escaler, faisant style j’vais aux toilettes. Et je suis monté au second, j’avais décidé de jouer les explorateurs d’intérieur. J’ai ouvert la première porte venue et là vous devinerez jamais ce que j’y ai trouvé. Y’a pas de hasards.

- Va au fait, le coupe Fred montrant du coup qu’il écoute plus qu’il n’en a l’air. Alors qu’esske t’à de si intéressant à nous raconter. T’as tâté de la chatte ? Raconte….

- Putain, ce que tu peux être fermé. Y’a pas que le sexe dans la vie. Ecoute…

- Mais non, j’suis ouvert, y’a le cul aussi, rétorque Fred, mort de rire (gras le rire !)

- Quand tu sauras, mon gars, c’est toi qui le seras, sur le cul… Bon, sérieux, j’ouvre donc la porte, sans pitié. J’allume la lumière qui inonde la chambre car c’en est une. En bordel, comme toute chambre d’ado qui se respecte, je vous laisse imaginer le tableau : chaussettes qui traînent, tas de fringues éparpillé, bureau croulant sous toutes sortes de papiers, lit à la couette défaite, guitare désaccordée dessus, …

- Non, là, j’imagine pas très bien. Donne plus de détails. Désaccordée comment la guitare ? En ré ? en mi ? sois plus précis encore, ironise Frédéric.

- Arrête de me couper la parole, s’il te plaît, t’es relou… Alors, je commence à farfouiller un peu partout, j’sais pas ce qui m’a pris, mais bien m’en a prit, car vlà que je tombe sur un tract du FNJ, puis un deuxième, puis des autocollants style : « quand nous arriverons, il partirons. ». et c’est pas fini, derrière la porte : un drapeau sudiste. Je jette un coup d’œil dans la bibliothèque : uniquement des bouquins de Maurras, de Drieu-La Rochelle, de Bernard Anthony-Romain Marie (un intégriste catho de la pire espèce), de Céline (quoique vous me direz) et une saloperie de biographie dédicacée d’un gros borgne. Un putain de repère de faf, merde.

- QUOI ? On était chez un FACHO !!!, hurle Julien qui semble sortir de sa léthargie, faisant ainsi sursauter tous les autres occupants de la voiture et effectuer une embardée à Fred, surpris.

- Came-toi, tempère Paul, content de l’attention procurée par son histoire. Je vais t’expliquer et tu comprendras pourquoi, on n’a pas intérêt à y retourner, justement.

- Sa mère… Chez des fachos… Ah, les enculés…, continue à marmonner Djule, lui qui a été un militant actif du Scalp (Section Carrément Anti Le Pen) au débuts des 90’s.

- Justement, reprend Paul tandis que Julien retombe peu à peu dans son sommeil éthylique. Justement, moi aussi, je n’en revenais pas. J’étais dans la piaule d’un facho, activiste de surcroît. Merde je me suis dit, faut faire quelque chose. J’ai d’abord eu envie de tout péter, de pécho les tracts et les bouquins pour les brûler. Faut pas déconner, un salaud de membre du FNJ !

Mais, contrairement à ces abrutis, j’ai réfléchi. J’ai fouillé dans les tiroirs, sous le lit… Vu que c’était déjà le boxon, je ne me suis pas gêné pour en foutre. Et vous ne devinerez jamais sur quoi j’ai pu mettre la main…

- Un numéro de Playboy avec la fille de Jean-Marie à oilpé ?, devine Fred.

- Ta gueule !, poursuit Paul. Dans un placard, dans une boîte de carambar, y’avait trois mille balles !

- Et tu les as endormi ?, demande Fred.

- Mieux que ça, non seulement je les ai endormi, mais en plus, en poursuivant mes recherches je suis tombé sur ça. »

Sur ces mots, il extrait de son blouson Célio, compressée sous plastique, une balle d’au moins deux cent grammes de skunk sous les yeux interloqués de ses potes, poussant même le conducteur à reculer son allure par un brusque coup de frein suscité par la surprise (décidément beaucoup surpris le Fred !).

Alors, l’agitation s’installe dans la Golf. Fred et Julien, réveillé par la bonne nouvelle alléchée, parlent ou plutôt braillent en même que Paul tente de finir le récit de ses exploits. Tim, lui, n’a toujours pas ressurgi, sa tête ronfle toujours contre la vite arrière.

« Je vous invite chez moi à fêter ça autour d’un dernier pétard. Last, but not least car vu la quantité… Et puis au prix du gramme y’a moyen de se lâcher, grave ! Et c’est les nazis qui régalent !

- Wahou, t’as assuré mon vieux , le félicite Julien, qui boosté par la nouvelle a totalement refait surface. Niquer un enculé de ciste-ra et qui a le culot de dealer de la beuh, en plus. T’as déchiré. A la guerre comme à la guerre. Putain, quand Sam saura ça…

- Il n’en saura que dalle, coupe Paul. Parce qu’on ne va rien lui dire à Sam.

- Faut quand même le prévenir que son pote c’est un fils de pute de facho, s’interloque cette lope de Fred. C’est la moindre des choses…

- Déjà, c’est pas son pote, c’est son petit frère, je l’ai grillé, il s’appelle Henri, regarde, répond Paul en montrant à son copain la carte d’identité du frangin qu’il s’empresse de faire glisser par la fenêtre entrouverte et ainsi s’envoler à travers les rues endormies qu’ils traversent maintenant.

- Cest pas une raison.

- Non, mais moins on est dans l’affaire, mieux ça vaudra. Y risque pas de se laisser faire sans rien dire, le petit adolf, il va être véner, il va peut-être nous soupçonner. On sait jamais, alors pour l’instant : motus. »

La voiture file maintenant à travers bois vers les Ulis à travers la côte de Montjay et ses deux cimetières de chaque côté de la route. Fredéric, Paul et Julien sont morts de rire, Paul es plus très fier de lui : trois mille balles et deux cents grammes de beuh, imaginez le peu.

« Finalement, conclut Paul tandis que la Golf de Fred se gare, non sans difficultés en bas de son immeuble.

Finalement, cette putain de journée ne se finit pas trop mal…. »   




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