30 avril 2007

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cithea


Dimanche, une heure du mat',

pres de République, Paris XI:

C'est une rue en légère côte, encore et surtout vivante a cette heure-ci.

On y retrouve toute une population hétérogène composées de noctambules de toutes sortes: jeunes fumeurs de joints des banlieues, bourgeois branchés de toutes générations, racailles locales qui tiennent le trot toir et les entrées de blocs d'immeubles à bon marché, racailles des cités éloignées venues, a 5 par Mercos "empruntées" pour "mettre le dawa dans la capitale", touristes égarés, travellers caninisés, homos hors du ghetto, night-clubbers "coco et exta à tout va ", dealers de came aux voitures de sports immatriculées en Belgique, apprentis-cadres bourrés, musiciens non écoutés, artistes incompris, étudiants étrangers sans le sou et tout autres personnes anonymes attirées par la lumière et la vie de cette rue.

Ici, restent ouverts jusque tard dans la nuit ou tôt le matin: l'épicerie de nuit qui a tout compris et qui ,en dehors des rondes policières, vend alcool et cigarettes à qui veut; le traditionnel kebab à la grecque tenu par un turc et sa longue queue de clients affamés se souciant peu de la diététique et de ses bienfaits; le non moins inévitable marchand de sandwichs-paninis de l'autre côté du trottoir ; deux ou trois bars branchés et dansants; un ou deux bistrots pourris; un tabac qui ferme à deux heures et dont la file d'attente défie celle du "sauce blanche ou harrissa?"; et, un peu plus loin, en remontant cette rue, il y a 5 ou 6 boites et clubs plus ou moins sélects, plus ou moins chébrans, plus ou moins chères...

En fait, si cette rue est si prisée, c'est a cause de sa bonne réputation fondée sur le fait, qu'ici ce n'est pas trop jet-set, ni réservé a une élite. C'est un haut lieu de la nuit , aussi bien pour les classes aisées, que les modestes que pour les plus que modestes.

Ici, on peut venir profiter des attraits de la capitale, sans pour autant être contraint aà outrepasser des barrières difficilement transgressables, comme celle de l'argent, du piston ou de la notoriété.

Cela commence à revenir de plus en plus souvent dans les discussions d'aspirants fétards déchus et refoulés de nombre d'endroits  parisiens, que cette rue permet à tous de s'éclater.

On pourrait rentrer plus facilement dans ses lieux de défoulement nocturne que dans tous les autres îlots qui bougent à l'intérieur du périph'.

Car, ici, casquette ou baskets, qu'importe ta tête, tu dois pouvoir faire la fête, c'est possible. C'est la rumeur qui le dit, mais la réalité dépend de l'humeur des videurs.

Et pourtant, nombreux sont les banlieusards venus profiter des avantages d'une ville lumière, dont, ils subissent, quotidiennement, depuis leur proche cambrousse, les nuisances, sonores et polluantes des aéroports et des autoroutes à 6 ou 8 voies, mais aussi d'autres nuisances moins perceptibles mais toutes autant perçues telles que le manque de vie identitaire des communautés périphériques où l' impression de venir de nulle par et donc de n'être que dalle est très en vogue.

Ils viennent, ici, en voiture, dès qu'ils le peuvent, avec leur A rouge au cul, leurs plaques non-immatriculées 75...

Elle sont remplies de potes fracassés, elles se faufilent dans la circulation parisienne dense et stressée, pour atterrir, souvent le samedi soir, dans cette rue, histoire de "faire la teuf a Ripa!".

C'est pourquoi, nous retrouvons ici, ce soir; Paul et Tim,qui se préparent pour tenter une entrée auCyttébéh, un bar, avec un prime un dj et une piste de danse.

Julien est parti, quant à lui, acheter des grandes 1664 chez le rebeu du coin.

Il n'y tenait plus, depuis l'autoroute, il en cherchait un d'ouvert, mais les rares qu'il avait croisés était si mal situés qu'il ne pouvait s' y garer, même vite fait.

 Puis, sous la grogne de ses passagers, pressés d'arriver, finalement, il s'est posé tout près de la rue, sachant pouvoir y dénicher son bonheur.

Il s'est séparé des deux autres, leur donnant rendez-vous a l'intérieur:

"Vous faites comme vous voulez, les gars. Moi j'vais pécho une teillebou, d'abord. L'ivresse de laf ête, d'accord. Celle de l'alcool, d'abord!".

Devant le Cyttébéh, Tim et Paul s'accommodent parfaitement de cette séparation. A eux deux, leurs chances de parvenir à franchir le perron du club se multiplient.

En plus, Julien est en baskets. le con, des sketbas, il abuse.

Cet accessoire podologigue est bien connu pour n'être que peu compatible avec les sorties nocturnes de ce style.

Alors, tous les deux avec leurs pompes de ville, ils risquent d'avoir plus de succès dans leur entreprise de pénétration dans le bar, et ce auprès des vigiles.

II s'approchent des deux videurs, grands lascars rendant gringalet tout amateur de pompes du matin,blacks, vêtus de black . Il sont en pleine discussion, bloquant l'entrée de leur bras croisés.

Ces deux mecs ont l'air jovial, c'est bon signe.

Ils sentent monter en eux l'angoisse du moment du "bonsoir adressé au videur".

Espérer, parfois en vain, que le passage s'effectuera en douceur, normalement, sans faux-semblants.

Car, ce « bonsoir » n'est pas seulement une formule de politesse, c'est surtout un clé ou un verrou, un" Désolé, Messieurs, c'est une soirée privée..", ou pire encore, un dévisagement humiliant des pieds (attention aux baskets!) à la tête (gare a la casquette!) se finissant par un souriant mais convaincant: "Je crois que cela ne va pas être possible.", alors que justement a l’instant d'avant, le cerbère vient de laisser passer, en l'embrassant, un type en nike à 1000 balles et casquette a 200 balles.

Bref, un `bonsoir", même bien préparé, longuement mûri, concerté ,est tel un mot de passe qui se tente comme lorsqu'on teste un numéro de carte volé: on n'est pas tout à fait sûr du numéro, mais on l'essaie quand même. On aimerait tant que ce marche!

En plus, du résultat de ce "bonsoir" découlera la teneur de la soirée. Si un "bonsoir" conduit a un refus d'accès parl es mastodontes en oreillette et bombers, la soirée est niquée, fichue, tendance perrave, dégénérescence suite a embrouilles avec le videur; déchéance autour d'un grec; déclin du retour chez soi; décrépitude, demi à la main, dans un minable troquet qui pue la pisse et le vomi, dégringolade suite aux essais ratés d'intrusion dans de nouveaux lieux; décadence de l' accumulation des refus de franchir les frontières de la rue, dislocation suivie d’ une prise de gueule avec d'autres refoulés, bien plus relous que vous....

Joli programme, non?

En revanche, si de ce même "bonsoir" naît , en retour, un accueillant " Bonsoir, Messieurs" inespéré, inopiné, tellement irréel qu'on aurait presque envie de serrer les videurs dans nos bras, alors la soirée peut, éventuellement, bien se dérouler: déhanchement endiablé sur musique machinale; promiscuité de femelles parfois cuitées, ça aide, jolie barmaid; coups à l'oeil; finir dans un autre lieu; puis aller se finir dans un autre pour réellement finir dans une after ou un appart,... ou un parc…

Mais comme le dit si bien Paul, "c'est pas tout les jours Noël!", et par conséquent, ça peut tout aussi bien être pourri et désert, une fois à l’intérieur.

Mais, actuellement, formulant leur bonsoir aux vigiles qui stoppent nette leur discussion si animée pour se figer, les deux potes n'espèrent qu'un seul son parviendra a leurs oreilles: "B'soir m’sieurs...".

Ils y croient...

Posté par KprodUkt à 00:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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