Le rôt ment

5 gars de 25 ans L'an 2000..... La région parisienne: Rien de neuf pour eux... Sauf si..." Aventures en feuilleton... Un par semaine.... bonne lecture...

15 avril 2007

...

                            

Samedi, 03h30,

Chez Gilles,

Dans le jardin,

Tout au bord de la piscine pas du tout bleue marine :

 

 Affalé dans ce qui fut, sans doute, un transat à une autre époque, fumant un spliff avec Paul, Fred contemple, dégoûté, l’espèce de bassin délaissé par l’ensemble des fêtards et pour cause :

« Quand même, ce connard de Sam, lâche Fred. Il abuse. Ouais les gars, vous allez voir, y’a une piscine chez Gilles, elle est mortelle. Tu parles, elle est plutôt morte cette pute de piscine. Rouillée, moisie. C’est pas ce soir que je pourrais inaugurer mon moule-burnes tout neuf de chez à fond la forme….

- Ni même te serrer une gonzesse, vu comment t’es parti, rétorque Paul qui reçoit le pétard. Par contre, niveau vents, chapeau, c’est ta soirée.

- Oh, oh, calmos, frêrot. Fredo n’a pas dit son dernier mot.

- Je sais, je sais, tu vas me ressortir ta foutue théorie.

- Ce n’est pas une théorie, gars. C’est une pratique. Prouvée et certifiée. J’ai déjà distribué dix-sept cartes et y a bien encore sept ou huit nanas avec lesquelles j’ai encore rien tenté.

- Et c’est les plus moches… Fais-moi rire le Casanova des cageots.

- Je t’arrête tout suite. C’est les moins moches. En plus, pour mes cartes, il n’ y en a que huit qui l’ont déchiré. Sur dix-sept de données, c’est pas mal, déjà. Neuf jolies chattes qui, potentiellement, m’appelleront pour une partie de jambes en l’air.

- Lâche l’affaire, De-Frè, tu te fais du mal.

- Oh, tu ne comprendras jamais rien à la gente féminine, tiens.

Allez, moi j’m’arrache. Je te laisse draguer les grenouilles. Je viens de voir passer une charmante petite rousse qui n’a pas l’honneur et le privilège de me connaître déjà. Ah, Zora, me voilà, oulala. Allez, ciao gars

- Ouais, c’est ça, c’est ça. Vas-y, don Juan, c’est dans la poche. La poche de la veste… Ah ! Ah ! Ah ! »

Et voilà le Fred qui s’approche de la rouquine tout en s’éloignant de Paul qui, lui, est rejoint par un petit groupe de personnes, verres à la main, rires bruyants sur les lèvres.

La petite rousse, frisée, un peu popote sur les bords, s’est arrêtée dans l’escalier qui remonte vers la véranda. Elle cherche puis sort un paquet de cigarettes, en extrait une, la porte à sa bouche, palpe ses poches à la recherche d’un briquet. Une flamme vient alors éclairer son visage parsemé de tâches de rousseur et par la même occasion calcine le bout de sa clope qui rougeoie en s’allumant.

Pendant qu’elle inspire sa première bouffée, ses yeux verts suivent le trajet de du zippo Jack Daniels, apparu inopinément, depuis l’extrémité de sa cigarette jusqu’à la poche de son propriétaire, en passant par l’épisode de sa fermeture contre le jean, digne de la mythologie du Far West, enfin, celle de Fred surtout

Ce dernier s’arme de son plus beau sourire (quoiqu’il n’y ait pas de miroir et que le nombre de bières, de pastis, etc… et de joints engloutis aujourd’hui n’aident sans doute pas ce sourire à ressembler à celui que Fred a la sensation d’effectuer) et l’accompagne de ces paroles :

« Vous cherchiez du feu, Mademoiselle ? »

Un peu surprise, la jeune fille réprimande un hoquet et apporte sa réponse à celui qui l’imagine déjà nue et le suppliant de la lui mettre plus fort (oh oui encore !) :

 «  Sans doute…

- Avec moi, c’est du sûr, affirme-t-il en appuyant ses mots d’un clin d’œil aussi stéréotypé que faux et lamentable (rien que ça !).

- Ah ...

- Et oui, avec Fred, moi-même, toute demande a une réponse. Objectif : satisfaction optimale.

- Ah bon…

- Exactement, réplique-t-il sans se soucier nullement du fait que son interlocutrice est plus occupée à se tenir debout et à contenir son ivresse qu’à l’écouter déblatérer son boniment.

Avec Frédéric, c’est bien connu, je dirais même plus, c’est bien conique, y’a pas de hic... Alors ? Qu’est-ce que tu fais dans l’heure qui vient ? Tu viens ?

- Oh, ben là… Faut que j’y aille. Je dois rentrer… J’crois que j’ai un peu trop bu…. Et puis on m’attend pour partir…

- Ah, quel dommage, parle bien Fred, vous voir fut un vrai hommage. Ces quelques instants furent palpitants. Vous quitter, je m’y suis résigné. Ne plus vous voir, y croire et je broie du noir. Tenez, prenez et appelez quand vous voudrez. »

Il sort de la poche de sa chemise une carte brisolée et la tend à la rouquine qui la met dans son paquet de clopes, avant de le ranger et de se tirer par l’escalier, balbutiant quelques mots pouvant ressembler à « au revoir, merci. »

Mais de toutes façons, Fred ne l’écoute même plus.

 Une de plus, ça fait 18 de distribuées, pas mal pour une soirée.

Ce charmant jeune homme ne se sépare jamais de son lot de cartes de visite. Il en a un carton plein chez lui et la moitié d’un dans le coffre de sa voiture, sans compter celles qui traînent un peu partout : dans ses poches, au boulot, chez ses potes (quoique là, elles finissent souvent découpées et transformées en filtres à pétards).

Il en a fait 300, aux frais de Allô-Tel-Fax-A-Repartel. Lettrage canon, carton épais avec, en prime, une photo couleur (retouchée et embellie par ordinateur), ces cartes de visite n’ont qu’un seul but : être distribuées au maximum de filles possibles. C’est une idée à lui (à moins qu’il ne l’ait vu dans une sale série télé), donner ses cartes de visite aux nanas qu’il rencontre, mais aussi à celles qu’il ne fait que croiser…

Comme ça, affirme-t-il, elles gardent un souvenir et une trace de moi, elles ne peuvent m’oublier. Ce n’est pas banal, cela n’arrive pas tous les jours qu’un mec vous glisse une carte visite. C’est qu’il doit être spécial.

 Bien sûr, cela élimine un certain nombre de bêcheuses, de prétentieuses, qui de toutes façons…

Mais, une bonne majorité la garde, la met dans un coin. Et parmi cette majorité, il y a bien une minorité statistique qui, un soir, esseulée, intriguée, amusée, flattée ou même bourrée qui décrochera son téléphone, son portable, son fax, son email et qui prendra contact avec son propriétaire qui a une si belle gueule sur la photo et tant d’humour.

La flèche atteint sa cible, le contact est établi. D’après Fred, 90% de réussite après cette étape. Les 10% restant, cela il ne le dit pas, concerne les jeunes ou moins jeunes filles qui ont une bonne mémoire visuelle. La différence entre la photo et la réalité étant flagrante et parfois dissuadante.

Voilà une des techniques de drague de Fred et quand on y réfléchit bien, on est dans la drague, au sens premier du terme : drague : n.f. : Filet à manche pour pêcher à la traîne (dixit le Petit Larousse Illustré 1985). Selon lui, il y aurait, en région parisienne, déjà 112 filles (celles de ce soir y comprises) qui seraient en l’heureuse et chanceuse possession de sa carte. Rien qu’en un mois. Et déjà cinq appels, dont trois conclusions d’un soir, une de deux soirs et une non conclusion. Bon, cela fait 20%, mais bon, sur un si petit échantillon, on ne peut juger.

Personne ne peut vérifier et n’en est aussi persuadé que lui.

Pour l’instant, la rousse ayant disparu dans les méandres de la nuit, Frédéric s’en va rejoindre Paul, sans oublier d’attraper, au passage, une bouteille de vodka qui traînait sur les marches.

 Une petite pause s’impose, je vais rouler un beuze.

 C’est pas la partouze ici, c’est pas grave, à la maison y a Penthouse….

Posté par KprodUkt à 00:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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