Le rôt ment

5 gars de 25 ans L'an 2000..... La région parisienne: Rien de neuf pour eux... Sauf si..." Aventures en feuilleton... Un par semaine.... bonne lecture...

10 avril 2007

Vendredi,

23h00,

Un appartement type F3 :

 Paul a fini de jouer à la Playstation, il a fait quelques parties avec Julien et puis, ils ont laissé tomber le jeu de voitures. Ils sont maintenant, joints dans la bouche et verres de whisky dans la main, en plein discussion sociologico-éthylico-cannabique :

« De toutes façons, y a un système et il faut s’en servir tout en essayant de le desservir, déclare Djule. Moi, tu vois, j’en profite. Je touche les allocations logement, une allocation assedic et est-ce que j’ai besoin de travailler pour consommer ? Non, je consomme mais je ne travaille pas. Un pur produit de la société de consommation qui arrive à vivre intégré (je consomme donc je vis !) sans être réellement intégré.

C’est la société qui m’entretient et en retour je l’entretiens à mon tour en payant mon loyer, mes clopes, ma bouffe.

Bon, j’entretiens aussi la mafia avec ça, ajoute-t-il en désignant son pétard. Mais bon, l’état ou la mafia ? C’est du pareil au même. Dans l’histoire, c’est toujours une poignée qui récolte les gains du travail de la masse. Mais, moi, je ne suis pas dans la masse, ni même à la masse, tu m’diras. Moi, je m’esquive, je m’infiltre dans les rouages de l’administration publique, je cherche un passage et je m’y engouffre en ma qualité de bon citoyen qui a côtisé pour le bien de la société.

Tu vois, Djule tire une longue latte qui manque de le faire tousser. Tu vois, les cotisations sociales, faut voir ça comme un prêt que tu fais à l’état. T’investis un peu à chaque fois pour plein de trucs. Bon, … La retraite, on s’en fout pour l’instant, l’assurance veuvage encore plus… Mais parmi tous ces prélèvements et les autres, y ceux de l’assurance chômage…

Et moi, c’est là-dessus que j’agis, que je récupère mon prêt et parfois ses intérêts plus ou moins direct. Comme par exemple, tes allocs de logement qui augmente, puisque t’es chômeur. C’est surtout sans compter tous les avantages « chômeurs ».

 Voilà la profession de l’avenir : chômeur !

- Arrête tes conneries, le coupe Paul, visiblement saoulé par ce long blabla. On peut vouloir être chômeur comme but dans la vie. Quand t’es chômeur, t’existes pas, socialement en tout cas.

C’est pas crédible de vouloir ne pas exister… Et puis, y’a bien un moment où il faut aller bosser…

- Ouais, si c’est pour faire toute sa vie un boulot à la con avec des cons qui te prennent pour un con et que pour « exister », comme tu dis, tu deviennes toi aussi con, la connerie étant contagieuse, non merci. Objection votre honneur ! Moi, je préfère être un con invisible plutôt qu’un con visible.

-  Et bien moi, quitte à être con, je préfère gagner des ronds.

- Ah ouais et t’en fais quoi des mille balles par mois que, grâce à ton existence sociale, tu gagnes de plus que moi… tu les places en Bourse peut-être ?

- Pourquoi pas ? »

La sonnerie de l’interphone qui résonne dans l’appartement stoppe net cette charmante conversation. Paul se lève, décroche et après avoir répondu deux ou rois conneries à son interlocuteur, genre « non, y’a personne, j’suis pas là, c’est la bonne... », appuie sur le bouton pour lui ouvre et retourne s’asseoir aux côtés de Julien qui se sert une généreuse rasade de whisky :

« C’est De-Frè, annonce Paul. Il monte, il a l’air en forme.

- Tu m’étonnes, vu la soirée de ce soir, il doit être tout excité. Une piscine… T’imagines ce qu’il va pas faire son Aldo Maccionne de Super 8. Je le vois déjà cet énergumène en train de se pavaner au bord de l’eau, faisant, le beau…

- Eh, les gars, on parle de moi. De-Frè le tombeur ? Alors prêts, vous aussi à toutes les tomber ? »

Frédéric, grand, assez épais, (on devine l’ancien sportif (même pas trente ans !) musclé à qui la fête et la bière ont fait prendre du bide), fait son entrée.

Il serre fermement et jovialement la main à chacun de ses deux potes réunis, accepte le pétard que lui passe Djule, attrape un verre, le remplit (à raz bord) de sky et s’assoit sur le canapé, face à la télé éteinte :

« Alors, la forme, les gars ? C’est cool d’être en week-end, non ?

- Tu m’étonnes, acquiesce Julien avec un sourire à l’attention de Paul.

- Ouais, c’est cool le week-end, mais bon, là où je bosse, les journés passent vite, tu les vois pas défiler. T’arrives peinard vers 9h15. A 9h30, t’as déjà dis bonjour à dix canons, fait la bise à la moitié d’entre elles, bu un café, et tu vas tranquille dans ton bureau. T’allumes l’ordinateur, tu lis tes emails, tu racontes des conneries avec ton collègue, tu regarde passer les jolies filles dans les couloirs vitrés. Puis, de temps en temps, t’aide un espèce de cadre trisomique ou stressé qu’a des problèmes de téléphonie en lui parlant dans un micro casque tout en lui faisant des grimaces salaces. Mais, rester le plus sérieux possible dans la voix.

Sérieux, avec Steve, on s’marre bien, c’est cool. Et puis vous verriez les meufs, les gars. Vous n’en reviendriez pas !

- Justement, on les a jamais vu ces meufs, l’interrompt Julien.

- D’ailleurs, quand est-ce que tu nous en ramènes une de ces superbes filles ?, lance Paul. Avec ses copines si possible, qu’on puisse nous aussi apprécier.

Ce soir c’était justement l’occasion. Hey, les nanas, pour explorer de nouvelles relations extraprofessionnelles, j’vous invite à une soirée dansante. N’oubliez pas vos maillots de bain, venez nombreuses…

Ca l’aurait fait non ?

- Hum, hum, lui répond Frédéric. Mais tu sais bien que j’attends d’avoir fini mon CDD de 6 mois et d‘avoir signé mon CDI pour me lâcher dans la boîte ! Après, le contrat dans la poche, les 12 000 balles sur mon compte 13 mois par an, j’vous dis pas le nombre de petites nanas que je vais serrer…

- On verra, on verra, lui répondent ses potes peu convaincus. A ta santé Fred !

- A la vôtre ! Au fait, y à qui vient soir-ce ? Pas de nanas en perspective ?

- Ben non, souffle Paul. Que des couilles, comme d’hab. En plus, j’ai pas eu Sam. Y fait chier ce con là ! Toujours sur répondeur. J’espère qu’il va rappeler ou se pointer. C’est son plan… C’est lui qui sait où c’est.

On n’a plus qu’à attendre ce crevard… »

Joignant le geste à a la parole, il prend son paquet de rizzla-croix sur la table, en retire deux feuilles, les colle en perpendiculaire et d’une langue furtive en coupe un bout, ne laissant ainsi que le collant sur la première feuille. Il dépiaute une cigarette, met le tabac dans le creux de sa main et, avec l’autre, émiette sa boulette aidé par la flamme de son briquet :

«  Tiens, Djule. Monsieur le chômeur consommateur, rends donc service à la société : mets de la musique. C’est la teuf que diable ! »

Posté par KprodUkt à 00:13 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

a faire lire a paul, entre deux bedos...

Posté par ktoche, 10 avril 2007 à 20:02

Merde l'image ne passe pas ! C'est donc "le manifeste des chomeurs heureux" qu'il faut qu'il lise...

Posté par ktoche, 10 avril 2007 à 20:04

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