10 avril 2007
Vendredi,
23h00,
Un appartement type F3 :
Paul a fini de jouer à la
Playstation, il a fait quelques parties avec Julien et puis, ils ont laissé
tomber le jeu de voitures. Ils sont maintenant, joints dans la bouche et verres
de whisky dans la main, en plein discussion sociologico-éthylico-cannabique :
«
De toutes façons, y a un système et il faut s’en servir tout en essayant de le
desservir, déclare Djule. Moi, tu vois, j’en profite. Je touche les allocations
logement, une allocation assedic et est-ce que j’ai besoin de travailler pour
consommer ? Non, je consomme mais je ne travaille pas. Un pur produit de
la société de consommation qui arrive à vivre intégré (je consomme donc je
vis !) sans être réellement intégré.
C’est
la société qui m’entretient et en retour je l’entretiens à mon tour en payant
mon loyer, mes clopes, ma bouffe.
Bon,
j’entretiens aussi la mafia avec ça, ajoute-t-il en désignant son pétard. Mais
bon, l’état ou la mafia ? C’est du pareil au même. Dans l’histoire, c’est
toujours une poignée qui récolte les gains du travail de la masse. Mais, moi,
je ne suis pas dans la masse, ni même à la masse, tu m’diras. Moi, je
m’esquive, je m’infiltre dans les rouages de l’administration publique, je
cherche un passage et je m’y engouffre en ma qualité de bon citoyen qui a côtisé
pour le bien de la société.
Tu
vois, Djule tire une longue latte qui manque de le faire tousser. Tu vois, les
cotisations sociales, faut voir ça comme un prêt que tu fais à l’état.
T’investis un peu à chaque fois pour plein de trucs. Bon, … La retraite, on
s’en fout pour l’instant, l’assurance veuvage encore plus… Mais parmi tous ces
prélèvements et les autres, y ceux de l’assurance chômage…
Et
moi, c’est là-dessus que j’agis, que je récupère mon prêt et parfois ses
intérêts plus ou moins direct. Comme par exemple, tes allocs de logement qui
augmente, puisque t’es chômeur. C’est surtout sans compter tous les avantages
« chômeurs ».
Voilà la profession de
l’avenir : chômeur !
- Arrête tes conneries, le
coupe Paul, visiblement saoulé par ce long blabla. On peut vouloir être chômeur comme but dans la vie. Quand t’es
chômeur, t’existes pas, socialement en tout cas.
C’est pas crédible de vouloir ne pas exister… Et puis,
y’a bien un moment où il faut aller bosser…
- Ouais, si c’est pour
faire toute sa vie un boulot à la con avec des cons qui te prennent pour un con
et que pour « exister », comme tu dis, tu deviennes toi aussi con, la
connerie étant contagieuse, non merci. Objection votre honneur ! Moi, je
préfère être un con invisible plutôt qu’un con visible.
- Et bien moi, quitte à être con, je préfère
gagner des ronds.
- Ah ouais et t’en fais
quoi des mille balles par mois que, grâce à ton existence sociale, tu gagnes de
plus que moi… tu les places en Bourse peut-être ?
- Pourquoi
pas ? »
La
sonnerie de l’interphone qui résonne dans l’appartement stoppe net cette
charmante conversation. Paul se lève, décroche et après avoir répondu deux ou
rois conneries à son interlocuteur, genre « non, y’a personne, j’suis pas
là, c’est la bonne... », appuie sur le bouton pour lui ouvre et retourne
s’asseoir aux côtés de Julien qui se sert une généreuse rasade de whisky :
«
C’est De-Frè, annonce Paul. Il monte, il a l’air en forme.
- Tu m’étonnes, vu la
soirée de ce soir, il doit être tout excité. Une piscine… T’imagines ce qu’il
va pas faire son Aldo Maccionne de Super 8. Je le vois déjà cet énergumène en
train de se pavaner au bord de l’eau, faisant, le beau…
- Eh, les gars, on parle
de moi. De-Frè le tombeur ? Alors prêts, vous aussi à toutes les
tomber ? »
Frédéric,
grand, assez épais, (on devine l’ancien sportif (même pas trente ans !) musclé à qui la fête et la bière ont
fait prendre du bide), fait son entrée.
Il
serre fermement et jovialement la main à chacun de ses deux potes réunis,
accepte le pétard que lui passe Djule, attrape un verre, le remplit (à raz
bord) de sky et s’assoit sur le canapé, face à la télé éteinte :
« Alors,
la forme, les gars ? C’est cool d’être en week-end, non ?
- Tu m’étonnes, acquiesce
Julien avec un sourire à l’attention de Paul.
- Ouais, c’est cool le week-end,
mais bon, là où je bosse, les journés passent vite, tu les vois pas défiler.
T’arrives peinard vers 9h15. A 9h30, t’as déjà dis bonjour à dix canons, fait
la bise à la moitié d’entre elles, bu un café, et tu vas tranquille dans ton
bureau. T’allumes l’ordinateur, tu lis tes emails, tu racontes des conneries
avec ton collègue, tu regarde passer les jolies filles dans les couloirs
vitrés. Puis, de temps en temps, t’aide un espèce de cadre trisomique ou
stressé qu’a des problèmes de téléphonie en lui parlant dans un micro casque
tout en lui faisant des grimaces salaces. Mais, rester le plus sérieux possible
dans la voix.
Sérieux, avec Steve, on s’marre bien, c’est cool. Et
puis vous verriez les meufs, les gars. Vous n’en reviendriez pas !
- Justement, on les a
jamais vu ces meufs, l’interrompt Julien.
- D’ailleurs, quand est-ce
que tu nous en ramènes une de ces superbes filles ?, lance Paul. Avec ses
copines si possible, qu’on puisse nous aussi apprécier.
Ce soir c’était justement l’occasion. Hey, les nanas, pour
explorer de nouvelles relations extraprofessionnelles, j’vous invite à une
soirée dansante. N’oubliez pas vos maillots de bain, venez nombreuses…
Ca l’aurait fait non ?
- Hum, hum, lui répond
Frédéric. Mais tu sais bien que j’attends d’avoir fini mon CDD de 6 mois et
d‘avoir signé mon CDI pour me lâcher dans la boîte ! Après, le contrat
dans la poche, les 12 000 balles sur mon compte 13 mois par an, j’vous dis
pas le nombre de petites nanas que je vais serrer…
- On verra, on verra, lui
répondent ses potes peu convaincus. A ta santé Fred !
- A la vôtre ! Au
fait, y à qui vient soir-ce ? Pas
de nanas en perspective ?
- Ben non, souffle Paul.
Que des couilles, comme d’hab. En plus, j’ai pas eu Sam. Y fait chier ce con
là ! Toujours sur répondeur. J’espère qu’il va rappeler ou se pointer.
C’est son plan… C’est lui qui sait où c’est.
On n’a plus qu’à attendre ce
crevard… »
Joignant
le geste à a la parole, il prend son paquet de rizzla-croix sur la table, en
retire deux feuilles, les colle en perpendiculaire et d’une langue furtive en
coupe un bout, ne laissant ainsi que le collant sur la première feuille. Il
dépiaute une cigarette, met le tabac dans le creux de sa main et, avec l’autre,
émiette sa boulette aidé par la flamme de son briquet :
« Tiens, Djule. Monsieur
le chômeur consommateur, rends donc service à la société : mets de la
musique. C’est la teuf que diable ! »
Commentaires
a faire lire a paul, entre deux bedos...
Merde l'image ne passe pas ! C'est donc "le manifeste des chomeurs heureux" qu'il faut qu'il lise...
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