Le rôt ment

5 gars de 25 ans L'an 2000..... La région parisienne: Rien de neuf pour eux... Sauf si..." Aventures en feuilleton... Un par semaine.... bonne lecture...

04 avril 2007

...

Vendredi 13h30,

RN 2O, Antony,

Un studio dans un immeuble standing :

 « France inter, 13h30, c’est l’heure de la météo de Joël Collado… ». Julien jette un coup d’œil sur son radio réveil, il est bien une heure et demie, ça fait bien une heure qu’il est levé, un peu moins même, sans doute, mais il s’en fout. Il est encore naze, crevé.
Pourtant, hier il s’est endormi assez tôt, vers une heure du mat’. Mais, ce matin entre 7h05 et l’heure finale du cruel lever, il s’est réveillé au moins quatre ou cinq fois, et rendormi d’autant, préférant continuer, dans un demi-sommeil, ses rêves qui ces jours-ci sont bien plus palpitants, intéressants et plaisants que ses journées. Mais bon, même quand on a rien faire, qu’on a envie de glander toute la sainte journée, y’a quand même un moment où il faut bien se lever, envie de pisser oblige.

Puis après, une fois debout, comme on a la tête dans la cul (la fameuse fatigue chronique du glandeur professionnel), il faut bien allumer une clope pour ouvrir ses yeux cernés et son cerveau décomposé. Pour l’accompagner, il faut bien aussi un p’tit café qui aidera, à l’occasion, la clope à faire la purge matinale de ses intestins.

Après, comme on n’a toujours rien à foutre, il faut bien s’occuper, alors, Julien allume son ordinateur et la radio en même temps qu’une nouvelle clope. Un petit tetris pour voir combien de lignes on va faire, un petit coup de France Inter pour la culture générale et le temps passe. Tetris fini Julien commence une partie de Poker électronique pour continuer. Puis comme ça ne suffit pas vraiment comme occupation, il se met à chercher 2 feuilles, des bouts de clopes, un briquet, sa boulette de plus en plus petite, et le voilà qui se roule le premier spliff de la journée. Léger, juste pour la forme. Le premier, c’est pas la peine de forcer sur la dose !

Mais voilà, bientôt, il est déjà fumé, fini, dans le cendrier, deux autres clopes aussi. Julien fait bouillir de l’eau pour un troisième café soluble en sachet individuel. La radio commence son programme 2000 ans d’histoire (14h06), « aujourd’hui, le travail ». Tiens, v’là un sujet qui me concerne, ironise tout seul Julien.

Voilà, la transition est trouvée. En hommage aux travailleurs, il roule son deuxième joint qu’il charge comme un bourrin, le premier ne lui ayant rien fait.

Il continue à essayer de gagner des gagner des dollars virtuels en alignant les straights ou les fulls sur son vieil ordinateur tandis qu’à la radio commence le portrait sensible d’un navigateur solitaire, loup de mer ex-petit rat d’opéra. Tiens, il est 14h30.

Comme à chaque fois, chaque journée partie comme ça, ça ne loupe pas. Voilà que François Lodéon arrive sur les ondes pour son émission de musique classique. 16h04, putain, déjà, faut p’tête que je me bouge un peu…Et hop, il éteint son ordi, mets un cd de Mad Professor featuring Macka B, et là, fameux dilemme : que faire ? La vaisselle ? Prendre une douche ? Ou bien passer le balai sur le carrelage blanc maculé de cendres et de miettes ?

Reculant un petit peu devant l’effort nécessité par le choix entre ces différentes tâches cleanesques, Julien qui justement vient de poser un regard sur son stock de drogues, 5 cigarettes, moins d’un gramme de shit, plus de bières au frigo, la bouteille de whisky est vide à 95%, prend une toute autre décision. Une seule solution s’impose : éviter la pénurie de matières premières !

Il jette un coup d’œil sur son magnétoscope, 16h12, prend son portable, répertoire, lettre d (comme dealer), Denis ; appeler : touche verte : « Allo, ouais, c’est Djul… salut ça va…. T’es chez toi ?... Ok, à 5 heures…. Tchao ».

Il cherche un futal pas trop sale dans ton tas de fringues peu ou presque portées, le trouve, l’enfile, la douche ça sera pour plus tard.

Un petit coup de flotte bien froide sur la tronche, sa carte de retrait, ses clés, ses clopes, et la monnaie pour le tabac dans sa poche, ses lunettes de son soleil sur son nez, il sort de chez lui.

Il se retrouve dehors sur le trottoir d’un artère qui commence à bouchonner dans les 2 sens (Paris ou banlieue province) en ce vendredi après-midi. Un peu de pollution dans les poumons, un peu aussi dans les yeux. C’est moche une banlieue le jour.

Direction le distributeur, entre sa carte et son code, en ressort 6 billets de 100 balles. Traversage de route au milieu des caisses roulant à l’arrêt voir au ralenti, arrivage au bureau de tabac. Sortage de la monnaie, 3 francs et 70centimes pile poil, et d’un bifton. Demandage, puis achetage d’un paquet de Pall Mall en 25.

Tout en reluquant les jolies jeunes mamans et les jolies jeunes filles en fleur, il se dirige, clope au bec, vers la gare RER en face de laquelle habite Denis.

Grand, maigre, étudiant 22-23 ans, un joli appart bien situé, des parents aux bonnes situations,dj de rap, de techno, de jungle, de dico , de funk et de dub, il est plus souvent à taquiner les disques plutôt qu’aller en cours d’histoire pré médiévale de l’hygiène rurale à Paris VI.

Il ouvre la porte de son 3 pièces terrasse avec vue unique sur les lignes de ER et sur la tour Effeil. Julien le suit dans son espèce de salon non meublé où trônent deux MK2, une table de mixage, deux grosses enceintes et des centaines de vinyls en piles savamment étudiées. Il se remet derrière ses platines, face à sa terrasse où poussent joyeusement de jolies plantes subversives, décoratives et hallucinogènes.

«  Assied-toi, man, je suis justement en train de mixer un truc de ouf : un bon vieux Gainsbourg mâtiné d’un pur beat drum’n’bass direct from London. Tiens, fais donc un bedo d’hydroponique et écoute comment je vais te retourner le son.

Laissant son revendjeur faire tourner les disques, Julien qui ne se fait jamais prier pour rouler, ni même pour fumer, surtout lorsqu’il s’agit de la beuh du placard de Denis, s’exécute et ouvre le sachet posé sur la table basse, y prélève deux bonnes têtes huileuses. Cette beuh, lui avait dit Denis, fait 76% de THC pur. De la bombe atomique, un Hiroshima, plus un Nagasaki dans ta tête.

Tandis que son hôte enchaîne son mix gainsbarre-jungle ave un inattendu remix Debussy-Hardtek, Djule ne se prive pas de mettre la dose dans le pèt’, sachant que Dj Nyde, accoutumé de fait, les fume presque purs.76% putain ! On aurait tort de gêner ! Il rajoute, ainsi, un peu de son shit dans le mix explosif à souhait.

Au bout d’un moment, plus attiré par l’odeur du joint qui allait tourner et pas son sens marketing et commercial que par l’envie d’une discussion stérile avec son client, Denis abandonne ses 33 tours, met un cd de Renaud revisité par des rappeurs en marche sur sa Playstation et vient s’asseoir à côté de Julien qui toussant, lui passe le pétard :

«  C’était bien ? Hein, s’enquiert dj Nyde. Moderne, original. Ca déchire, non ?

- Ouais ça change, lui répond Julien, les poumons et le cerveau envahi par le THC pur à 76%

- A propos, quoi de neuf ?

- Ben tu sais, la routine quoi. ANPE, lundi ; ASSEDIC, mardi ; CAF, mercredi; REPOS, jeudi; puis, aujourd’hui… Et toi ?

- Moi, répond Denis en avalant une pure bouffée, ça mixe, ça mixe. J’ai bougé à gauche, à droite, pécho des skeuds, des plans soirée pour mixer, la routine, quoi !

- Ah ouais, tranquille… Putain, elle est vraiment trop bonne ta beuh, y’a toujours pas moyen ? Même pas un dix keusses ? Juste pour moi ?

- Sorry, man. Réserve perso, tu sais. Moi, trop de shit m’endort. D’ailleurs tu veux quoi, comme d’hab ?

- Yes, un cinq vingt pour cinq, comme d’hab.

- Tiens, sers-toi, dans la boîte. Choisis gars, prends le plus gros. Enfin, si tu préfères le plus petit…

- Ah ouais, alors je vais te prendre le plus petit, s’esclaffe Julien tout en mettent le plus gros dan sa poche. C’est cool, merci, tiens, prends la nuts, Mister Pablo Escobar, Ah…Ah…Ah…

- C’est moi qui te remercie, renchérit Denis en fourrant les cinq billets de 100 balles dans sa poche, non sans les avoir rapidement compté. Bon, mon pote, faut qu’j’te vire, là, y’a ma meuf qui va rappliquer… Au fait, tu fais quoi soir ce ? Je dois mixer sur Paname, un p’tit bar sympa à Bastille, passe si tu veux…

- Mouais, why not ? Envoie un texto dans la soirée pour me refiler l’adresse, si tu veux…

- Ok mec. D’ici-là, havin’sex… Pour ma gueule, ça sera par tous les trous, allez à plus ! »

Faisant ses courses à la supérette, pack de 6 bières à 6,4%, imitation maison de 1664, bouteille de William Grant’s, plat cuisiné « Poulet au riz créole » surgelé, baguette, biscuits apéros et paquets de gâteaux super chers (l’effet beuh qui fait consommer à tout va)  dans son panier, Julien apercevant à la caisse, sur le boîtier CB, la date du jour, vendredi 1 3, se rend compte qu’il ne rendra pas, dans la soirée, au mix foireux de dj Nyde dans cet obscur bistrot branchouille. Non pas que vendredi 13 enchaîne malaise, mais parce que ce soir y’a une soirée balèze. Et tout en payant ses courses, Julien s’adresse mentalement à la caissière. Et oui, Mademoiselle la caissière boutonneuse à la vie et aux sorties foireuses, tu as devant toi un mec qui va à une soirée mortelle. Et non, j’ai pas ma carte de fidélité, mais à moi les joints à volonté ! L’alcool va couler à flots !

Putain, le THC fortement dosé m’avait fait zapper cette soirée. Bon, allez Brigitte, j’me speede. Sinon, j’vais louper le début des Simpsons à la télé, et puis faut qu’j’aille me rouler un pétard si tu veux être en conditions pour ce soir mon fêtard de lascar.

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